Il y a, en septembre, un moment où Paris semble changer de rythme. Après la pause estivale, la ville se remplit à nouveau et, avec elle, les écoles, les transports et les habitudes quotidiennes reprennent leur cours. C’est la rentrée, l’un des rendez-vous les plus emblématiques de l’année française. À la Leonardo da Vinci, l’école italienne de Paris, la rentrée signifie pourtant bien plus qu’une simple reprise. Elle raconte une communauté qui se renouvelle chaque année sans jamais perdre le fil de son histoire : des élèves arrivent, d’autres poursuivent leur parcours, d’autres encore achèvent le lycée et s’engagent sur de nouveaux chemins. Au cœur du VIIe arrondissement, la rentrée scolaire est ainsi le moment où se rencontrent au quotidien des cultures, des langues et des générations différentes. La littérature a toujours regardé ce moment avec fascination : Proust y voyait l’odeur des livres neufs comme une promesse de commencement, Pennac l’ironie de l’ancien mauvais élève devenu professeur, Natalia Ginzburg le lieu où se forgent les mots de toute une vie.
À la Leonardo da Vinci, on étudie en italien tout en étant pleinement immergé dans la vie parisienne. Les enseignements suivent les programmes de l’école italienne, avec une place importante accordée au latin, à la philosophie, à l’histoire de l’art et, au lycée, aux disciplines scientifiques. Il en résulte une école fidèle à ses racines, mais en dialogue permanent avec la ville et la culture françaises. Cette rentrée marque également un tournant dans la vie de l’établissement. Après les années de direction du professeur Jeanclaude Arnod, Monsieur Giuseppe Finocchiaro, notre nouveau Proviseur, entame sa première année à la Leonardo da Vinci, dans la continuité d’une communauté scolaire qui s’est construite au fil du temps.
Une école bilingue au cœur de Paris
L’Institut, dont le bâtiment a été construit en 1899 par l’architecte Jules Aimé Lavirotte dans le plus pur style Art nouveau, accueille des élèves de la primaire au lycée. Il compte aujourd’hui environ 278 élèves, dont 87 en primaire, 77 au collège et 114 au lycée, tous inscrits dans une véritable dimension bilingue italien-français.

L’établissement comprend une école primaire, un collège et un lycée scientifique quadriennal préparant au diplôme EsaBac. Située au 3 bis, avenue de Villars, l’école primaire constitue déjà un premier laboratoire de cette expérience bilingue et biculturelle. Ses enseignants suivent les programmes ministériels italiens, auxquels s’ajoute un enseignement renforcé des langues : un professeur de français et un spécialiste de l’anglais interviennent notamment auprès des élèves. Depuis 2024-2025, certaines disciplines sont également enseignées en anglais selon la méthodologie CLIL, qui permet aux enfants d’utiliser une langue étrangère dans un contexte concret d’apprentissage.
La rentrée en primaire est avant tout, selon Zaira Capiluongo, coordinatrice de l’école primaire, «une aventure humaine et bienveillante». La force de l’établissement réside, à ses yeux, dans «cette capacité à écouter et à valoriser le parcours unique de chaque élève». La primaire accueille en effet des enfants venus d’horizons très divers, parfois après des expériences scolaires au cours desquelles ils n’ont pas pleinement trouvé leur place. Dans ce cadre à taille humaine, bilingue et chaleureux, ils peuvent trouver le temps, la sérénité et la confiance nécessaires pour se révéler, s’épanouir et retrouver le plaisir d’apprendre, chacun à son propre rythme. La vie de l’école primaire est également riche en projets extrascolaires, qui permettent de construire dès le plus jeune âge une identité italienne ouverte au dialogue avec la culture française. Parmi les initiatives marquantes figurent «Notre-Dame : une femme parmi les femmes», porté par les trois premières années de primaire autour d’une réflexion sur l’usage créatif et critique de l’intelligence artificielle appliquée à l’image, ainsi qu’un concert du chœur de l’école à l’Institut Culturel Italien de Paris. Le sport occupe lui aussi une place importante, notamment avec une journée sportive qui rassemble chaque année l’ensemble de l’établissement. Cet esprit de cohésion se retrouve enfin dans les fêtes qui réunissent les cinq classes et les enfants de la maternelle paritaire bilingue italo-française.
Cette double appartenance se prolonge ensuite au collège et au lycée. Cette année encore, lors de la cérémonie de rentrée, Monsieur Jacopo Albergoni, Consul général d’Italie à Paris, accompagné de la consule Bianca Longobardi, a rappelé aux élèves la chance de vivre une telle expérience : «Vous avez le privilège d’étudier l’italien dans un autre pays et de recevoir une éducation véritablement européenne. Cela vous permet non seulement d’acquérir des compétences linguistiques et culturelles multiples, mais aussi de développer cette ouverture d’esprit et cette capacité critique qui seront essentielles pour votre avenir.»

À Paris, le bilinguisme n’est donc pas seulement une compétence scolaire : il fait partie intégrante de la vie quotidienne. Le matin, les élèves étudient Dante et Leopardi en italien, tandis que la langue et la culture françaises les accompagnent dans les salles de classe comme dans la vie parisienne.
La rentrée vue par les enseignants
Pour comprendre pleinement la dimension humaine et pédagogique de la rentrée à la Leonardo da Vinci, il faut aussi écouter celles et ceux qui, chaque jour, transmettent leur savoir et leur passion dans les salles de classe. La professeure Romano, directrice adjointe, porte un regard particulier sur l’inclusion scolaire : «Notre approche de l’accompagnement reflète parfaitement les valeurs fondamentales de l’école : inclusion, respect mutuel et valorisation des différences.» Elle souligne également combien le bilinguisme peut constituer une richesse pour les élèves à besoins éducatifs particuliers : «J’ai vu des élèves qui éprouvaient des difficultés dans une langue trouver dans la deuxième de nouvelles possibilités d’expression.» Pour la professeure Marra, enseignante d’italien et de latin, la rentrée est «toujours un nouveau départ important», notamment pour les élèves qui arrivent à Paris après un déménagement récent. Elle défend également la place du latin, véritable «salle de gymnastique pour la logique». Le plus beau moment, explique-t-elle, est celui où les élèves découvrent la racine commune des mots qu’ils utilisent chaque jour, en italien comme en français. La littérature française occupe elle aussi une place essentielle. Chaque rentrée, les élèves retrouvent des œuvres comme Tristan et Iseut, La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette ou Persepolis de Marjane Satrapi, et découvrent que la littérature parle aussi de leur propre vie : «L’exil, l’amour et l’amitié n’ont pas de frontières», résume la professeure Ballif.

Du côté des sciences, la professeure Perego, enseignante de mathématiques et de physique, souligne la spécificité du contexte parisien : «L’école italienne à l’étranger est un véritable carrefour, avec des élèves qui arrivent de parcours différents.» Enseigner les sciences à Paris signifie aussi pouvoir s’appuyer sur la ville elle-même et sortir des manuels scolaires. Le Jardin du Luxembourg, le mètre-étalon de la rue de Vaugirard ou encore la maison d’Évariste Galois permettent ainsi de transformer l’histoire des sciences en expériences concrètes. La rentrée représente également une occasion de renouveau pour la professeure Lepore, enseignante d’éducation physique et sportive. Le sport peut être, selon elle, «un langage universel qui rassemble tous nos élèves, quelle que soit leur origine». Une manière, ajoute-t-elle, de montrer que l’intégration peut être «naturelle et joyeuse».
Parmi ces voix, il y a aussi celle de la mémoire de l’établissement. Fiorentino Gonnella, que tout le monde appelle simplement Fiorentino, est à lui seul une mémoire vivante de la Leonardo da Vinci. D’abord enseignant, puis assistant administratif, il travaille dans l’établissement depuis 1984 et a vécu, depuis, des décennies de rentrées successives. «J’ai vu cette école grandir et se transformer», raconte-t-il. «En 1984, lorsque je suis arrivé, nous étions une petite communauté. Aujourd’hui, nous sommes devenus une référence pour l’enseignement italien en France, mais l’esprit de famille n’a jamais changé.» Chaque septembre, d’anciens élèves reviennent parfois saluer leur ancienne école. Devenus ingénieurs, médecins, diplomates ou artistes, ils se souviennent tous de cet endroit comme de leur deuxième maison. Malgré les transformations du monde de l’éducation, une chose demeure pour Fiorentino : «Ici, chacun a un nom, une histoire, un projet de vie que nous respectons et que nous accompagnons.» C’est peut-être cette mémoire qui donne à la rentrée de la Leonardo da Vinci une dimension si particulière : les générations se succèdent, mais les liens demeurent.
La rentrée vue par les élèves
Derrière les chiffres et les projets, il y a aussi la voix des élèves eux-mêmes. Recueillies dans les couloirs de l’école, leurs confidences dessinent le portrait d’une génération qui aborde l’avenir entre enthousiasme et appréhension. Les premiers jours mêlent toujours l’excitation de retrouver ses camarades à la crainte de ne pas être à la hauteur. Le passage du collège au lycée, lui, commence souvent par un sentiment de petitesse, vite dissipé par l’esprit de communauté qui caractérise l’école. Beaucoup soulignent la chance de grandir entre deux langues et deux cultures, ainsi que la souplesse d’un cursus qui permet d’achever le lycée en quatre ans. Mais l’incertitude n’est jamais loin : le choix de l’université, l’examen d’État italien, qui évolue chaque année, ou encore la question de poursuivre ses études en Italie ou en France. Chez les plus jeunes, encore au collège, l’appréhension se mêle à l’envie de bien faire, avec la conscience qu’aucune préparation ne suffit jamais tout à fait. C’est peut-être cela, la rentrée à la Leonardo da Vinci : un mélange de vertige et de promesse, propre à chaque génération qui s’y succède.
Un laboratoire européen
La rentrée de septembre n’est donc pas seulement le retour sur les bancs de l’école. Elle est aussi le renouvellement d’un projet éducatif qui prépare les citoyens européens de demain. La Leonardo da Vinci est davantage qu’une école italienne à Paris : c’est un lieu où de jeunes citoyens grandissent avec une vocation naturellement internationale, tout en conservant des racines culturelles solides. Ses élèves vivent chaque jour une expérience dans laquelle l’identité ne se construit pas contre l’autre, mais à travers le dialogue, la rencontre et les influences réciproques.
Cette ouverture est inscrite dans le fonctionnement même de l’établissement. Les élèves peuvent arriver de parcours scolaires italiens ou français, parfois en cours de scolarité, et poursuivre leur formation dans un environnement qui valorise la diversité des parcours. Dans les salles de la Leonardo da Vinci, entre Dante et Balzac, entre italien et français, entre histoire et sciences, une nouvelle année commence. Et avec elle, une nouvelle génération apprend à regarder le monde depuis plus d’une perspective.
Luigi Toni
Istituto Statale Italiano Leonardo Da Vinci Parigi
12 Rue Sédillot, 75007 Paris
SITE OFFICIEL: https://scuolaitaparigi.esteri.it/
PAGE FACEBOOK: https://www.facebook.com/scuolaitalianaparigi
LIEN INTERNE:
I 75 anni del “Leonardo da Vinci”, la Scuola Italiana di Parigi, a firma di Lodovico Luciolli
https://altritaliani.net/i-75-anni-del-leonardo-da-vinci-la-scuola-italiana-di-parigi/






































