“Partir pour un ailleurs”, chronique d’une famille italienne dans les tourments du XXe siècle.

La migration est un thème d’actualité mais qui n’est pas nouveau. La Bible n’en parle-t-elle pas déjà abondamment ? Une chose est d’en parler, tout autre est d’en témoigner. Dans son livre, Mario Petricola (qui est issu d’une famille italienne venue s’installer en Lorraine) s’est lancé le défi de décrire les tribulations de sa famille dans les contextes géographiques, politiques, sociaux et religieux de son terroir d’origine comme des lointaines contrées où le destin a jeté les siens. Il le fait en ajoutant à la sensibilité d’un poète la rigueur d’un ethnologue, d’un sociologue et d’un historien.

D’une plume alerte, il emporte le lecteur dans les paysages des mondes d’hier et d’avant-hier. Avec un art consommé, ainsi fait-il monter aux narines les puissants effluves de la garrigue et de la cuisine parfumée des Abruzzes, berceau de sa famille. En suivant les migrants, ce décor bucolique laisse bientôt place aux vapeurs d’échappement du Nouveau Monde, aux remugles des tranchées de 14-18 et des sinistres camps nazis de la seconde guerre mondiale avec, pour finir, les jets de gaz brûlants des coulées de fonte des fours de Longwy qu’avec tristesse on verra démanteler sans que les mouvements sociaux des ouvriers désemparés n’y puissent mais.

L’auteur dépeint avec délicatesse comment, confrontée aux bouleversements survenus entre 1880 et 1980, sa famille pastorale est passée d’un mode de vie proche de la nature et largement autosuffisant où l’eau se cherchait au puits et les repas mijotaient dans l’âtre, à l’ère du béton qui a effacé ciel et terre et instillé une dépendance qui fait craindre désormais la moindre coupure de courant électrique. Autrement dit, les aventures des différents membres de la famille auxquels le lecteur s’identifie volontiers permettent de réaliser comment d’une société rurale à la stabilité millénaire que nos parents savaient presque instinctivement maîtriser, nous sommes passés à une civilisation urbaine dans laquelle nous éprouvons la frustration de n’en pouvoir assujettir les aléas devenus complexes.

En parallèle, l’auteur fait vivre les affres d’une traversée de trois semaines à fond de cale, entre Naples et New-York où, à l’ombre de la statue de Bartholdi, les rêves se fracassent contre la réalité. Il fait, en outre, assister à l’éclatement des familles en raison de la conscription qui, pour des combats stériles, coupe l’individu de ses racines, à moins qu’il ne doive affronter l’isolement et l’inconnu pour emplir les assiettes.

Pourtant, en dépit des vicissitudes, flotte constamment dans le livre une brise tonique qui trouve son dénouement dans les dernières pages. On y voit en effet, avec soulagement, les transalpins poser leurs valises et sereinement s’intégrer dans leur pays d’adoption, “happy end” qui, au départ, n’avait rien d’évident.

Recension par Pierre Yves Divisia

La version italienne de l’ouvrage est à paraître en octobre 2021 chez l’éditeur Il Filo d’Arianna.

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Partir pour un ailleurs
Chronique d’une famille italienne dans les tourments du XXe siècle.
De Mario Petricola
(paru en France en 2019 à compte d’auteur)

  • Vous pouvez en savoir plus, voir quelques photos et lire le premier chapitre du livre sur le site de Mario PETRICOLA : https://vivrecrire.monsite-orange.fr/
  • Si vous souhaitez vous procurer le livre il est disponible sur Amazon en format broché ou kindle et sur Fnac.com mais en version e-book uniquement sur liseuse Kobbo by FNAC.

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