Romans italiens – Nouveautés en traduction française: une floraison exceptionnelle.

L’Italie en librairie. Sélection n°1. Le livre se porte bien et les lecteurs sont au rendez-vous. De belles traductions de l’italien sont sorties en France en cette fin d’hiver et ce début de printemps. Il y en a même une floraison exceptionnelle sur les étalages des libraires. Est-ce parce que l’Italie avait été choisie comme invitée d’honneur de l’édition 2021 du Salon du Livre Paris, lequel a malheureusement été annulée en raison de la situation sanitaire? Parmi les nouveautés éditoriales, voici un premier choix de quatre romans récents que nous vous invitons à découvrir; nous l’avons effectué avec la complicité de nos amis de “La Libreria” italienne, Paris 9ème.

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– Le nouveau Milena Agus, un libro che fa bene all’anima:

UNE SAISON DOUCE de Milena Agus
Edition Liana Levi – 176 pages – 16€ – Date de parution : 4 février 2021
Traduction de Marianne Faurobert
[Version originale : Un tempo gentile (Nottetempo)]

Milena Agus Une saison douce

Des migrants, entourés des humanitaires qui les accompagnent, débarquent dans un petit village de Sardaigne. Du rejet initial à la fascination pour d’autres destins, l’histoire magnifique, optimiste et mélancolique, d’une rencontre inimaginable et créatrice d’énergie. Un roman qui ne se noie jamais dans les bons sentiments, mais où l’on sourit souvent et qui requinque l’âme.

Des “envahisseurs” – un groupe de migrants accompagnés de bénévoles – arrivent à l’orée de l’hiver dans un petit village sarde qui s’étiole, étouffé matériellement et moralement par la monoculture de l’artichaut. La méfiance, voire la peur première, va se transformer de la part d’une partie des villageois – des villageoises, avant tout – en une insatiable curiosité et une volonté croissante de rentrer dans la vie des nouveaux venus, bouleversant parallèlement les équilibres établis entre les habitants. Cette rencontre extraordinaire entre paumés des deux côtés de la Terre va remettre en branle une magnifique énergie vitale – une « saison douce » où l’on trouve la force de renouer avec l’âme du lieu, de mettre sous le boisseau tout ce qui heurte chez les uns et chez les autres, de se pencher sur d’autres destins que le sien propre.  On n’a pas peur de dire ce qui plait ou ne plait pas chez les uns ou les autres, on choisit son camp dans les conflits, on participe et on veut influer sur les amours qui s’ébauchent, on vampirise presque la petite communauté des envahisseurs, qui repartent un beau matin laissant chacun seul avec des regrets mais aussi de minuscules bonheurs. Il n’y a aucune mièvrerie, pas de « bons sentiments » ni d’apitoiement, mais beaucoup d’auto-ironie. C’est beau, ça fait du bien, on sourit souvent et beaucoup à lire ces pages. Milena Agus nous raconte avec une empathie remarquable comment les humains peuvent se sublimer, ne serait-ce qu’un temps, qui restera à jamais dans la mémoire de tous et de chacun.
(note de lecture de Sabine Valici-Bosio pour La Libreria)

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 – L’amour au temps du chômage et un romancier prometteur:
 
NAPOLI MON AMOUR d’Alessio Forgione
Editions Denoël – 272 pages – 20€ – Date de parution : 06-01-2021
Traduction de Lise Caillat
[Version italienne : Napoli mon amour (NNeditore)]

Dans une Naples prisonnière d’elle-même, un amour bref mais intense, où chaque bonheur a un coût qui vide inexorablement le compte d’Amoresano, le narrateur, chômeur trentenaire : un décompte tragique sur un ton distancié, voire léger, qui raconte l’impasse de la génération des millenials et fait l’originalité de ce premier livre d’Alessio Forgione.

Le narrateur a 30 ans, des diplômes, pas de boulot qui corresponde à son niveau d’études, compte le moindre sou qu’il a mis de côté d’un job précédent, squatte ses parents, mais n’est prêt à renoncer à rien du peu qu’il a, quitte à décider de mourir quand il n’aura plus rien. Surtout quand l’amour vient frapper à sa porte, scandé par le prix de chaque bière, chaque sandwich, chaque voyage dépensés pour donner un écrin à cette relation, vidant les réserves en mode accéléré. Une histoire d’amour mal partie car l’une a des projets quand le premier n’en a plus… Si ce n’est celui de vivre le moment et de se regarder tomber. Le décompte à la fois insouciant et tragique, raconté en mode minimaliste et distancié, décrit bien le désenchantement d’une génération qui n’a pas pu ou su prendre son envol dans une ville de Naples qui ressemble de plus en plus aux métropoles enfoncées dans la crise permanente du nouveau millénaire sans vraiment trouver la force de se réinventer.
(note de lecture de Sabine Valici-Bosio pour La Libreria)

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– Une autre belle découverte :

L’EMPIRE DE LA POUSSIERE de Francesca Manfredi
Robert Laffont, collection Pavillons – 216 pages  – 19€  – Date de parution : février 2021
Traduit par Lise Caillat
[Version originale : L’Impero della polvere (La Nave di Teseo) – Premio Campiello opera prima 2017]

Valentina, douze ans, a une grand-mère pieuse et sévère et une mère sublime et insaisissable. Le père est absent la plupart du temps et se contente de faire des apparitions dans la vieille maison de campagne où les trois femmes cohabitent. Ses murs sont épais et ne sont percés que de rares fenêtres, ses fondations sont imposantes mais fragiles ; dans la région, on l’appelle « la maison aveugle », un empire de poussière qui a l’air d’exister depuis toujours. C’est l’été 1996 et un événement vient troubler les longues journées de vacances : le corps de Valentina change et tout autour d’elle semble vouloir crier le secret qu’elle a choisi de garder. La mère et la grand-mère deviennent de plus en plus distantes tandis que la maison elle-même semble vibrer et s’animer d’étranges présages. Alors que grenouilles, moustiques et sauterelles envahissent les champs alentour et progressent jusqu’à la bâtisse, Valentina explore le terrain dangereux de l’adolescence, découvrant les amitiés fusionnelles et leurs points de rupture, la sensualité âpre et curieuse ainsi que l’énergie féminine et mystique de la nature, la possibilité de mentir pour conserver l’illusion que tout résiste au temps, que rien ne change jamais.

Un premier roman qui mêle avec brio réalisme social et réalisme magique dans un tourbillon qui sème perpétuellement le doute.
(note de lecture de Sabine Valici-Bosio pour La Libreria)

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– Un roman publié en 1970, devenu au fil du temps un grand succès éditorial et un livre culte :

LE DERNIER ÉTÉ EN VILLE de Gianfranco Calligarich
Collection du monde entier, Gallimard – Date de parution 4 février 2021
Trad. de l’italien par Laura Brignon
[version originale: L’ultima estate in città – Bompiani]

Rome, fin des années 1960. Leo Gazzarra, milanais d’origine, est depuis quelques années installé dans la capitale. Il vit de petits boulots pour des revues et des journaux. Viscéralement inadapté, dans un monde où il ne parvient pas à trouver sa place, il se laisse aller à des journées qui se ressemblent et à des nuits souvent alcoolisées. Leo n’en veut à personne et ne revendique rien. Le soir de ses trente ans, il rencontre Arianna, une jeune femme exubérante à la fois fragile et séductrice. Sûre de sa beauté mais incapable d’exprimer ses véritables sentiments, Arianna est évanescente. Elle apparaît et disparaît, bouleversant le quotidien mélancolique d’un homme qu’elle aurait peut-être pu sauver de sa dérive existentielle.

Dans ce roman, publié pour la première fois en Italie en 1973 (Garzanti), Gianfranco Calligarich évoque la vitalité des cercles intellectuels et mondains de l’époque tout en dressant le portrait d’un homme qui cherche un sens à sa vie. Une histoire d’amour et de solitude, récit d’un renoncement tranquille, qui nous plonge dans une Rome solaire, magnétique.
La qualità essenziale del romanzo è nell’avere illuminato con disperata chiarezza il rapporto fra un uomo e una città, cioè tra la folla e la solitudine. (Natalia Ginzburg)

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– Pour mémoire: les deux romans de Maria Messina parus chez Cambourakis  présentés à part sur Altritaliani par Marguerite Pozzoli : La Maison dans l’impasse (2020) et Severa (2021) 

♥♥♥ Ce choix printanier n°1 n’est pas exhaustif. Nous le poursuivrons prochainement dans nos pages.

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Evolena
Michèle Gesbert est née à Genève. Après des études de langues et secrétariat de direction elle s'installe à Paris dans les années '70 et travaille à l'Ambassade de Suisse (culture, presse et communication). Suit une expérience associative auprès d'enfants en difficulté de langage et parole. Plus tard elle attrappe le virus de l'Italie, sa langue et sa/ses culture(s). Contrairement au covid c'est un virus bienfaisant qu'elle souhaite partager et transmettre. Membre-fondatrice et présidente d'Altritaliani depuis 2009. Coordinatrice du site.

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