Remise du Prix littéraire franco-italien Marco Polo Venise 2019 – 3e édition

“Le Prix est attribué à un roman italien traduit en langue française publié dans l’année en cours. Il est placé sous le signe de la connaissance, de la richesse de la Culture Italienne et répond à l’esprit de Marco Polo qui relève des échanges intellectuels et artistiques entre la France et l’Italie.
Qualité innovante et unique: Il récompense l’écrivain ET le traducteur. Traduire c’est assurer le passage, c’est un vecteur majeur des échanges culturels. La traduction est «la langue de l’Europe» déclarait l’écrivain Umberto Eco.”

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Isola San Servolo Venezia, 12 ottobre 2019

Si è svolta a Venezia nella splendida cornice dell’Isola di San Servolo, sede della Venice International University, la premiazione della terza edizione del Premio Letterario Marco Polo che viene assegnato ad uno scrittore italiano, anche esordiente, già noto in Francia, il cui testo è stato pubblicato nell’anno in corso. Viene premiato anche il traduttore ed è questo uno degli aspetti più innovativi del premio.

Altritaliani

Ideatrice di questo premio franco-italiano è Christine Bach, direttrice del Circolo letterario “Le Rendez-vous Rive Gauche” di Parigi, animatrice in Francia di presentazioni librarie che mettono in contatto grandi scrittori e intellettuali con appassionati lettori. L’iniziativa è sostenuta dall’Ambasciata d’Italia a Parigi, dall’Ambasciatore di Francia a Roma, dal Comune di Venezia, oltre che dalla Venice International University, nella persona del suo Presidente, l’Ambasciatore Umberto Vattani.

Quest’anno la giuria era composta oltre che dal Presidente Vattani e dalla fondatrice del premio Christine Bach, anche dall’editrice Lidia Breda, dall’editore e scrittore Jean-Yves Clément, dal direttore dell’Istituto Italiano di Cultura di Parigi Fabio Gambaro, dalle scrittrici Simonetta Greggio e Alessandra Necci, da Florence Raut, de “La Libreria” di Parigi, da Alberto Toscano, giornalista e scrittore e dall’Accademico di Francia e diplomatico Daniel Rondeau, il quale ha tenuto la prolusione dedicata a “Venezia: specchio d’Europa”. Tra le autorità presenti c’erano l’Ambasciatrice d’Italia a Parigi Teresa Castaldo, l’Ambasciatore di Francia a Roma Christian Masset e il vice sindaco di Venezia Luciana Colle. Ospite d’eccezione Andrea Tarabbia vincitore del Premio Campiello 2019, autore di “Madrigale senza suono” (Bollati Borigheri).

La Giuria ha quindi assegnato il “Prix Marco Polo” 2019 al giornalista e scrittore siciliano Giosuè Calaciura per il suo romanzo “Borgo Vecchio” edito da Sellerio (in Francia da Noir sur Blanc), e alla traduttrice Lise Chapuis. Il romanzo di Calaciura descrive un vecchio quartiere palermitano ricco di atmosfera, animato da personaggi, ognuno con la propria storia, i propri drammi, visti attraverso gli occhi di due ragazzi, Mimmo e Cristofaro, amici fraterni, compagni di scuola e complici di fughe. “Un libro denso, con immagini che catturano a ogni pagina” lo ha descritto il Presidente Vattani.

Giosuè Calaciura pour son roman “Borgo Vecchio” - Lise Chapuis-Altritaliani

Inizi 2018, all’Ambasciata d’Italia a Parigi, il Premio Marco Polo Venezia era stato assegnato allo scrittore italiano Emmanuele Trevi e alla sua traduttrice francese Marguerite Pozzoli per il romanzo «Le peuple de bois» (Actes Sud).

Nella mattinata dello stesso giorno, una delegazione del premio, con i giurati e i vincitori è stata ricevuta dal sindaco di Venezia Luigi Brugnaro il quale ha fatto gli “onori di casa” e si è complimentato con gli organizzatori del concorso per la lodevole iniziativa ed ha annunciato di voler promuovere in città un incontro tra editori europei per confrontarsi su come la letteratura possa affrontare le sfide delle nuove tecnologie.

Andrea Curcione

Site du Prix littéraire Marco Polo Venise

P.S. Daniel Rondeau, écrivain Académicien a fait un discours admirable lors de la remise du Prix. En voici le texte: 
«Venise reste une ville où il est toujours stimulant de se retrouver en tête à tête avec soi-même. Sans doute parce que , d’une certaine façon, la cité des Doges a été la ville d’accueil de toutes nos préférences européennes. Vivaldi, Tiepolo, Joseph Brodsky,
Casanova, Proust, Thomas Mann, Aragon, Wagner, Goethe, Paul Morand qui a mis Venises au pluriel, Lord Byron qui a fêté ici ses vingt ans. Et si j’osais, j’ajouterais Ernest Hemingway, peut-être le plus européen de tous les auteurs américains. Je ne peux pas ne pas nommer ce merveilleux roman, Au delà du fleuve et sous les arbres, qui raconte le retour à Venise, au Gritti, d’un colonel américain de 58 ans, grièvement blessé à la main, et sa passion pour une jeune comtesse de 19 ans, Renata, qui lui redonne le goût de la vie.
Je suis venu à Venise pour la première fois quand j’avais trente ans, avec une équipe de télévision. J’entendais célébrer Venise à travers les textes d’un écrivain français, Maurice Barrès. A Venise, les écrivains et les musiciens européens continuent à vivre dans le feuilletage du temps. Barrès, l’écrivain de la lutte avec l’ange, qui aimait Mozart quand personne ne le connaissait, trouvait à Venise «des moments de bonheur ailé». Nous avons parfois l’impression que ce bonheur vénitien est menacé. L’idée n’est pas neuve. Jean Cocteau dénonçait déjà «la vieille fable d’une Ophélie flottant sur l’eau stagnante». Barrès
lui-même avait écrit qu’avec ses palais d’Orient, ses vastes décors lumineux, ses ruelles, ses palais, ses poteaux d’amarre, Venise nous dit le désespoir d’une beauté qui s’en va vers la mort.
La mort de Venise, l’actualité des dernières années l’a remise à l’honneur en lui donnant plus de vigueur encore. A Venise, il y aurait trop de touristes. Les monstres mécaniques des croisiéristes contribuent à la destruction des quais, de la lagune et du paysage de la vieille cité. Et les débordements de l’aqua alta risquent de porter un coup fatal à sa survie.
Venise est l’un des miroirs de l’Europe. Les dangers de désintégration qui menacent la Sérénissime sont ceux qui semblent ébranler les fondements de notre maison européenne. Venise tousse, c’est toute l’Europe qui commence à se sentir très mal. En fait, depuis des années, la désintégration du monde commencée à Hiroshima a continué de plus belle alors que des technologies impérieuses, qui simulent et stimulent souvent le mouvement de la vie et de l’intelligence, mettaient en branle une accélération de l’histoire. Les frontières internationales, politiques, sociales, sexuelles et morales semblent alors promises à la disparition en même temps que les distances sont abolies. Chaque homme peut, comme Alexandre autrefois, tenir le monde et ses semblables sous son seul regard. Rien que la terre, mais toute la terre…Des peuples entiers sont sortis sans préavis de leur solitude alors que des sociétés médiévales sont connectées avec des sociétés déjà logées dans le futur. Même si chacun a pris conscience des vices de ces nouveaux outils (quadrillage de nos vies par les algorithmes et les mouchards du net, surexposition et mort de l’intime, tyrannie de la transparence, délation, primat de l’instant sur le temps, de l’image sur le texte, de l’écran sur le livre, de l’émotion sur la réflexion, du plaisir sur l’amour), un clic semble parfois suffire pour accéder à l’ivresse de la fraternité universelle.
La vérité parait pourtant plus énigmatique et fugitive que jamais d’autant que l’intelligence d’aujourd’hui se complait à mettre en pièce l’intelligence d’hier comme si nous étions toujours impatients d’inventer une nouvelle formule de la table rase. Notre passé, criblé au laser de l’anachronisme permanent, crédité de nombreux crimes, est déféré au tribunal du présent, qui en destitue les héros et ordonne le déboulonnage de nos statues. Ce double mouvement, connexion / déconstruction, fonctionne comme une machine à fabriquer des égarés. Car si la globalisation peut paraître combler notre désir d’unité, elle nous projette dans un espace sans limites qui ne prend pas en compte tout ce qui est situé sous la ligne de la numérisation générale.
Sur tous les continents, mais principalement en Europe, des provinces démembrées de vieux pays, archipels intérieurs de pauvreté et de souffrance, nouveaux déserts pour l’esprit et le coeur, disparaissent des tableaux d’affichage de la mondialisation, en même temps que la remise en cause du passé nous ampute d’une part fondatrice de nous-mêmes.
La planète rétrécie, banalisée, dépoétisée est placée sous tutelle par les rouleaux compresseurs de l’uniformité, alors que des moteurs de recherche et les laboratoires d’un nouvel eugénisme de masse dessinent le profil idéal de l’homme de demain.
Toute vie est un pèlerinage, les hommes ont toujours erré à l’intérieur d’eux-mêmes et de leur temps, mais le chemin était borné et l’horizon limité. L’homme marchait sous le regard de son créateur. Une servante avançait à ses côtés, dont le visage était tourné vers l’arrière, « Mémoire tu l’appelleras ». Aujourd’hui, c’est la mémoire de Dieu qui s’efface.
Cette disparition ouvre la porte au « tout est permis » de Dostoïevski. L’homme déquillé, privé de la joie prophétique du passé, est catapulté vers l’imperium de l’instant. Pris dans un maelstrom qui mêle le vrai et le faux, le tragique, le mièvre, l’obscène, le mort et le vif, un fleuve puissant dont les eaux se renouvellent mécaniquement en permanence mais qui n’a ni source ni rivage, l’homme dérive, il flotte, sans retrouver son visage sur ce miroir qu’aucune terre ne contient, il oublie qui il est, ne sait plus où il va et se détourne de la vie.
Dans ces conditions, il devient pour nous tous assez difficile de se mettre en règle avec nous mêmes. Chacun comprend que nous sommes à un tournant. Notre façon de vivre, d’écrire, de lire, d’aimer, de manger est-elle condamnée ? Assistons-nous aux dernières convulsions d’une civilisation euro-méditerranéenne entrée dans son agonie ? Est-il envisageable d’abandonner notre avenir à des machines qui affranchissent l’homme de ses responsabilités ?
A nous de prouver que nous ne méritons pas de disparaître. Non seulement nous ne le méritons pas, mais nous espérons tenir notre place entière dans cet avenir. Si nous en avons la force, offrons ce en quoi nous croyons à la rédemption de notre temps. Ne laissons pas le tintamarre de ceux qui ont mis depuis longtemps leur coeur en berne, se montrant toujours plus tentés par le conformisme de la profanation et de la déconstruction que par l’amour de la vérité, enterrer notre voix.
Notre voix vient de loin, le coeur demeure, écrivait Chrétien de Troyes, notre histoire bat pour ceux que nous estimons et que nous aimons. Nos villes, nos pays, notre continent, ne sont pas des musées, encore moins des prisons, nous ne sommes pas une puissance déclinante placée en unité de soins palliatifs. Notre passé continue de défiler comme une bousculade d’énigmes, où tant d’êtres ont laissé leurs exemples. Ils semblent toujours surgir de notre trésor intérieur et faire de notre vieux continent une terre d’élection.
Le monde autour de nous s’affole et voudrait nous entrainer dans les rouages des broyeuses ou les griffes des superpuissances et de l’ultra libéralisme, une envie de
jouissance standardisée et l’hystérie de l’instant font bon ménage. Il en va de notre salut de faire exister une certaine idée romanesque de la liberté et de la mesure dans l’élaboration d’un nouvel ordre mondial. Les pierres de nos fondations qui sont à Rome, à Athènes et à Jérusalem, la pulpe de notre histoire, les drapeaux de nos familles spirituelles (chrétiennes, juives, hébraïques), notre stock d’idées autonomes, ne sont pas des boulets qui nous entravent, mais des atouts enviables qui ont été la matrice de notre liberté.
Cette liberté, il faut d’abord la faire vivre pour nous-mêmes, pour notre intelligence, afin que nous puissions en redevenir des témoins à l’échelle de la nouvelle planète. C’est aussi une nécessité si nous voulons tout simplement garder notre visage. Notre continent a fait l’expérience du désenchantement après les apocalypses, petites et grandes, qui ont endeuillé notre XXème siècle. Une fois achevée la décolonisation, nous avons entrepris notre examen de conscience. En ouvrant les yeux sur nous-mêmes, en méditant nos défaillances, nous avons pensé nous délivrer de nos erreurs. Oublions notre mauvaise conscience, la page est tournée, mais allons jusqu’au bout de la délivrance. Notre liberté et notre fraternité, dont nous avons toutes les raisons d’être fiers, ne peuvent pas s’exporter par le glaive, au sein d’attelages aussi baroques qu’improbables. La liberté imposée par des missiles (Irak, Libye) devient un fruit perverti. Ce n’est plus la liberté que répandent nos machines là où elles frappent, mais le désordre et la mort, une mort abstraite qui obéit à une logique mystificatrice et aveugle, et qui nous défigure.
L’Europe doit être l’arche de Noé de notre liberté. Rien que l’Europe, mais toute l’Europe, les nations du Finistère occidental, celles de la Mitteleuropa et bien sûr la Russie. Peut-on imaginer l’Europe, dans trente ans, si elle existe, sans la Russie ? Nous ne nous sauverons pas seuls. Nous ne serons pas heureux seuls. Nous ne garderons pas notre visage en restant seuls, c’est trop tard. Nous ne resterons pas du côté de la vie dans la solitude. C’est à nous, avec tous les Européens qu’il revient de remettre un peu d’ordre et de mesure dans un monde qui n’en a pas. Les Européens entretiennent un lien singulier et unique avec notre planète. Ils ont commencé, dès l’épopée d’Alexandre, à en dresser l’inventaire et n’ont jamais cessé. Ce ne sont pas les Japonais, ni les Chinois, ni les Américains qui ont découvert l’Europe. Ce sont les Européens qui ont produit « des outils de pensée, d’action et de convivialité sociale aujourd’hui planétarisés ». Ils ont exporté leur vision de la science, leur conception du droit et de la nation. Notre culture, Bach, Mozart, Schubert, Verdi, Manzoni, Cervantès, Dante, Goethe, Pouchkine, Shakespeare, Tolstoï, Stefan Zweig, Joseph Roth, Moravia, le Vénitien de Rome : notre imaginaire, a rayonné sur tous les continents. La démocratie est née et a prospéré sur notre socle judéo-chrétien. Claudel parlait de la joie de l’homme qui s’aperçoit que le monde lui appartient parce qu’il a un sens.
Alors, Europe puissance, oui ou non ? Il n’y a pas de question plus urgente. La nouvelle Europe est née sur les ruines et les massacres de deux guerres civiles européennes, et sur l’obsession de dépasser la shoah sans l’oublier. Elle a le mérite d’exister. Se satisfaire aujourd’hui de son confort et de son asthénie, c’est accepter de disparaitre en douceur. Ne soyons pas naïfs. Rien ne nous sera donné. Et nous devrons résoudre la contradiction que posent le nombre des nations européennes et l’obligation d’une volonté unique. Inventer sa liberté n’est pas chose aisée, d’autant que nos meilleurs amis s’accommodent depuis longtemps de nos faiblesses, quand ils ne les flattent pas. Il n’y aura plus de liberté française ou italienne sans liberté européenne. A vingt ans, j’avais l’impression de n’appartenir qu’à moi-même. La Révolution m’avait dépaysé, je voulais tout changer sans rien devoir à personne. Revenu à des ambitions plus modestes, je me suis fixé un code de conduite personnelle : 1. Jamais de sectarisme.2. Liberté toujours. 3 Sincérité encore. Livre après livre, j’ai payé mes dettes (mes parents, les écrivains de nos fêtes partagées, mon pays), j’ai noué des amitiés durables avec quelques abandonnés de la planète. Tous m’ont parlé de la France et de cette Europe qu’ils aimaient et craignaient de perdre.
La passion de vouloir une Europe puissance comme nous avons eu la passion de nos pays, la jalousie de notre indépendance, c’est pour nous la façon la plus joyeuse d’étayer l’avenir en restant fidèles à ce que nous sommes et à ceux qui ont besoin de nous. A Rome, après la sortie de son roman 1934 , Alberto Moravia m’avait confié que pour le première fois dans un livre, il laissait un message : Vivre à tout prix.
L’imaginaire européen repose sur deux socles. Le premier, c’est la religion, l’homme ne se nourrit pas que de pain, l’autre c’est la littérature. La littérature, l’art en général, sont des moyens de connaissance et d’appréhension du monde sans équivalent.
Nous rassembler ici, à Venise, pour célébrer la littérature, c’est-à-dire proclamer que nous nous voulons vivre, vivre à tout prix, comme nous le demandait Alberto Moravia, et que nous croyons en l’avenir de Venise et celui de l’Europe.

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