L’Italie vue de France. Pourquoi l’aimons-nous tant?

Après avoir vécu trois merveilleuses années à Rome et voyagé dans diverses régions du pays, je m’interrogeais sur les raisons profondes de cet amour pour notre voisin transalpin en flânant un soir avec un ami italien dans les rues d’Aix-en-Provence. Car c’est un fait: nos deux pays, liés par une longue histoire commune, faite souvent d’amour et parfois de discordes, s’attirent bien plus qu’ils ne se repoussent. La majorité des Français adorent l’Italie, et les motifs ne nous manquent pas.

Bien sûr, lItalie cest la beauté. Une beauté qui vous prend d’assaut, vous éblouit, vous ébranle, vous renverse, vous traverse, vous envahit, et enfin vous comble, vous laissant chancelant, rêveur,  extatique, tel un amant rassasié et comme étourdi.

Manarola, côte ligure, de Gino Masini

C’est au détour d’une promenade en Sicile qu’elle se précipite sur vous sous les traits d’une crique à l’eau cristalline et turquoise qui accueille avec la bonté d’une mère et la fraîcheur d’une jeune fille votre corps échauffé par le soleil d’été. C’est une pâtisserie qui éveille tous vos sens au sortir de votre baignade, et un café dense qui vous catapulte dans une dimension où toute question existentielle vous devient incompréhensible. Vous n’êtes que plaisir et gratitude.

C’est la brume entrevue au petit matin, s’échappant d’une forêt des Abruzzes enflammée par l’automne qui vous laisse sans voix, et avec l’envie enfantine de ne pas faire de bruit pour mieux la retenir.

Elle vous claque au visage lors d’une balade en moto sur les routes de Toscane. Est-ce l’agencement des collines, des cyprès, la lumière du soir ou encore les villages médiévaux que vous devinez au loin, qui vous fait douter de la réalité? Quand êtes-vous entrés dans ce qui semble être un tableau ?

Toile de Gino Masini

C’est au détour d’une course ordinaire dans un quartier résidentiel de Rome que vous vous retrouvez nez à nez avec un petit pont en pierre sous lequel passe une ruelle envahie par des buissons de jasmin dont l’odeur vous monte à la tête.

Non, décidément, la beauté en Italie ne vous lâche pas, telle une déesse jalouse et exigeante.

Elle s’est immiscée non seulement dans les paysages, du nord au sud, mais aussi dans l’architecture des villes et sur les visages des habitants qui souvent prennent grand soin de leur apparence, ce qui les rend à la fois aimables et élégants.

Certes! Mais je me disais que le charme opérait aussi autre part.

L’histoire richissime et variée d’un peuple qui a créé un empire et qui a modifié le visage de l’Europe ?  La foisonnante production artistique de plusieurs siècles et dans tous les domaines ? Ou encore l’imaginaire resplendissant crée par des artistes du monde entier au retour de leur incontournable “Voyage en Italie” ?

Peut-être plus prosaïquement parce qu’on y mange bien et que la langue, parfois tendrement baroque, est mélodieuse ? Oui, aussi.

Tout cela me semblait vrai mais non suffisant.

Ce n’est qu’en arrivant rue Espariat ― nous avions fait beaucoup de détours dans le vieil Aix ― que je me suis rendu compte que le charme de ce pays et de cette culture étaient plus que la somme de ces arguments.

Le charme de l’Italie réside dans une célébration quotidienne de la vie, dans une série de rites non religieux qui sacralisent l’existence et lui donnent toute sa saveur.

C’est l’attention aux détails, à la manière de cuire les pâtes, de servir le café ou de fêter n’importe quel diplôme comme s’il s’agissait d’une première communion. Plus qu’un esthétisme, qui toutefois y joue un grand rôle, c’est une approche à la fois ritualisée et théâtralisée de la vie qui, me semble-t-il, rend la culture italienne si chère à nos cœurs ― et qu’il nous appartient de reproduire ― où que nous soyons, pour contrer une éventuelle nostalgie qui peut sourdre en nous un soir d’automne en Provence.

Maëlle Audric

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