L’annuel festival Terra di cinema c’est en 2019 un Week-end à l’italienne

La salle du cinéma Jacques Tati à Tremblay-en-France était comble pour “le week-end cinéma italien”, synthèse de son annuel festival «TERRA DI CINEMA». Celui-ci, momentanément réduit pour travaux de restructuration complète des espaces d’accueil, a néanmoins reçu comme chaque année les représentants de la Ville de Tremblay, ainsi que des personnalités parisiennes du monde de la culture italienne: ils entouraient dignement l’association «Parfums d’Italie», créatrice il y a 19 ans de ce festival du cinéma transalpin contemporain, le seul régulier et annuel  en Île-de-France depuis tout ce temps.

cinema italien Tremblay

Le succès jamais démenti, et grandissant, de cette manifestation est certainement lié à la qualité et diversité des choix opérés parmi les nombreuses réalisations récentes du cinéma italien: documentaires, dessins animés, fictions, courts métrages…permettent en outre une exploitation avec les scolaires de tous âges, les étudiants, les autres associations (doublages, traductions, sous titrages, séances commentées… ). Cette année la formule concentrée en un week-end a cependant pu présenter 4 longs métrages et 2 documentaires du vendredi 29 au dimanche 31 mars 2019 ; les projections furent agrémentées de 3 cocktails, un repas italien, une restauration plus rapide entre 2 films, au bar adjacent «le Lutétia», convivialité largement appréciée par les deux réalisatrices, la productrice et l’historien venus débattre au cours des séances.

week-end à l'italienne Tremblay cinéma Jacques Tati

Trois des réalisations concernaient la ville de Naples et la côte amalfitaine, contribuant à donner une idée diversifiée de cette ville et sa région, une des capitales culturelles les plus visitées par les artistes depuis le 18ème siècle.

«Une famille italienne» ( «A casa tutti bene» ) de Gabriele Muccino approfondit les apparences symbolisées par la question ( ou formule usuelle ) du titre qui signifie «A la maison tout le monde va bien» : le film révèle, en une autopsie menée tambour battant sur deux jours et deux nuits, les conflits, tensions et ruptures en acte dans une famille italienne dont les membres se retrouvent bloqués à Ischia pour fêter l’anniversaire de mariage des grands parents ; Stefania Sandrelli, mythique actrice de tout le cinéma italien moderne, nimbe les explosions de cette cohabitation de sérénité et de douce philosophie de la vie, chapeautant de son aura physique et intellectuelle une comédie dramatique grinçante, dans la lignée de celles de l’âge d’or du cinéma italien.

Le film classique «I compagni» ( «Les camarades» ) de Mario Monicelli, tourné en 1963, présente la première grève du monde du travail européen, qui eut lieu à Turin au 19ème siècle : le réalisateur, maître incontesté de cet art, fait endosser le rôle de l’intellectuel induisant la prise de conscience politique, et ses moyens d’action, par l’acteur Marcello Mastroianni : il régule également les conflits personnels qui affleurent, chez les ouvriers, sous la tension sociale ; ainsi le film devient une œuvre lyrique riche d’émotions, plus qu’une simple œuvre militante. L’historien Tanguy Perron a apporté un éclairage particulier aux événements présentés en les replaçant dans leur contexte et en montrant leur intérêt dans des perspectives plus actuelles.

Les deux documentaires ont fait vivre cette contemporanéité de manière brûlante :

Le premier, «non può essere sempre estate» ( «on ne peut pas toujours être en vacance» ), présentait l’expérience théâtrale mise en oeuvre par un éducateur chez des jeunes déscolarisés, sans appétit pour la vie, glanés dans les rue de Naples: l’énergie et la passion de cet adulte, son amour, sa persévérance à stimuler les adolescents et à les réconcilier avec l’effort s’appuient sur un texte de Eduardo de Filippo, mythique auteur et dramaturge napolitain, infiniment populaire ; et de fait, un des principaux moteurs de ce travail est la langue populaire napolitaine, porteuse d’identité première, base incontournable de toute communication populaire, seule expression possible vers l’introspection chez ces adolescents. Les deux réalisatrices de ce documentaire, M. Panizon et S. Ianucci, ainsi que la productrice A. di Nocera, ont présenté le succès de cette expérience, ses multiples raisons, sa répercussion magique sur la reconstruction de ces adolescents et de leurs repères moraux, jusqu’à leur faire retrouver dignité et joie de vivre.

Le documentaire de Nanni Moretti «Santiago, Italia» fut vécu comme un des moments les plus émouvants du week-end : les larmes des personnes interviewées par le réalisateur, en gros plan sur l’écran, leur douleur spontanée et vainement contenue, l’histoire de leur fuite durant le coup d’état chilien de 1973, ont trouvé un écho immense chez les spectateurs, comme chez N. Moretti, submergé au point de n’apparaître que de manière fugace dans son film ; l’accueil total et protecteur que l’ambassade d’Italie au Chili avait alors réservé aux persécutés du nouveau régime de Pinochet, est mis en perspective avec l’attitude actuelle de l’Italie face à l’immigration, et cette réflexion alimente largement l’actualité du propos documenté.

Les 2 autres fictions ont propulsé la poésie et l’intelligence de l’image sur l’écran de ce «week-end à l’italienne».

Alice Rohrwacher, sœur de l’actrice Alba, souvent primée, a elle-même reçu le prix du scénario à Cannes pour «Lazzaro felice» ( «Heureux comme Lazare» ) : surfant sur la figure de Lazare ressuscité par le Christ dans les Evangiles, et sur le symbole du loup impossible à domestiquer, elle donne à voir une fable écologique où l’homme, né pour un milieu naturel sauvage ou respecté, ne peut s’accommoder du monde moderne, asservi par la puissance financière : les contrastes violents des visages entre eux, des paysages entre eux, filmés jusqu’à la caricature, donnent sa force à la réflexion délivrée jusqu’au pessimisme le plus noir ;  la beauté éternelle du visage du héros, opposée à celle déchue de l’aristocrate ruiné qui l’avait attiré vers la ville, donne la mesure de l’illusion mortelle des apparences et des chimères du monde actuel.

C’est au contraire par la mise en scène d’un monde passé que Mario Martone nous invite à réfléchir sur le monde actuel : son film «Capri révolution» est une réflexion philosophique sur la sublimation artistique, sur l’histoire, sur l’impact de la beauté naturelle environnante sur la création et la libération des mœurs et des idées ; les paysages de Capri, les corps et les visages sont sublimes ; l’image s’impose irrésistiblement et fait que la nudité et les costumes parlent à l’intelligence, évoquant tantôt les idéaux nordiques de liberté dans la communauté d’artistes venus s’installer à Capri en 1914, tantôt la théâtralité de la tragédie grecque chez l’héroïne au profil et à la tunique antiques, déchirée entre la pulsion du départ vers l’Amérique et sa famille ; l’habillement des frères eux-mêmes et celui du jeune médecin du village, parlent inévitablement de leurs conditions sociales, rapidement nivelées par l’histoire et la 1ère guerre mondiale.

Les espaces tremblaisiens offrent chaque année une incomparable possibilité d’échanges et d’enrichissements autour du cinéma italien, unanimement reconnu comme fédérateur d’élévation culturelle pour tous types de populations et de générations.

Angéline Zazzera-Matsaggos

  

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