L’Île des Roses (Rhodes), tragédie dans un paradis. Un film de Rebecca Samonà.

ARTICLE BILINGUE. Rebecca est enceinte, elle attend une petite fille. Elle décide de voyager à Rhodes (en Grèce) avec sa mère, Erminia, démêler l’histoire de leur famille. La mère et la fille se rappellent leur dernière visite à la tante Stella qui a vécu la dernière année de sa vie, pensant être retournée à Auschwitz. Erminia et Stella sont nées sur L’Île de Roses, Rhodes, la capitale du Dodécanèse italien (1912/1943). …
Documentaire de 56′ réalisé en 2008, réalisé par Rebecca Samonà.

Français

Extrait du film:
L’Île des Roses, tragédie dans un paradis

Lîle des roses, tragédie dans un paradis

LES RAISONS DE MON FILM : LA SHOAH DANS UNE MAISON DE REPOS

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Je ne me souviens plus si c’était au printemps ou en hiver. Des jours aussi gris il y en a souvent à Bruxelles. Quand, ma mère et moi sommes entrées dans le hall de la maison de repos nous avons eu l’impression de nous trouver dans un hôtel correct et plutôt agréable. Des vieilles dames jouaient aux cartes par petits groupes, d’autres regardaient la télévision ou étaient assises à la cafétéria et bavardaient avec animation. D’autres encore étaient à la fenêtre et regardaient dehors.

Nous étions là, dans cette maison de repos, pour rendre visite à tante Stella, la sœur de ma grand-mère. Stella était depuis longtemps complètement sourde et après la mort de son mari Joseph avait souvent pensé au suicide, ou, du moins elle avait commencé à en parler ouvertement. On s’attendait à la trouver «comme d’habitude». Mais, cette fois-ci, tante Stella Sidis Piha était dans un état confusionnel. D’abord elle refusa de descendre à la cafétéria avec nous. «Non ! Nous ne pouvons pas » nous dit-elle d’un air effrayé « c’est dangereux » Nous remarquions que notre visite la rendait nerveuse, qu’elle surveillait la porte de sa chambre, qu’elle laissait ouverte, «parce qu’ils doivent pouvoir rentrer quand ils veulent et nous devons toujours être prêtes pour la sélection qui peut arriver à n’importe quel moment». C’est pour cette raison, nous dit-elle, qu’elle ne voulait pas se deshabiller, même pas pour se coucher.
Un sparadrap lui couvrait le tatouage d’Auschwitz qu’elle avait au bras.
Nous avons quitté la maison de repos sans dire mot et sans avoir le courage de nous regarder dans les yeux.

Tante Stella mourut quelques mois plus tard, après avoir vécu ainsi ses derniers jours: en ne voyant qu’Auschwitz autour d’elle, en se sentant à Auschwitz chaque nuit, à chaque instant. La sénilité et la maladie l’avaient replongée dans l’enfer d’où elle avait réussi à sortir tant d’ années auparavant.

Mais en était-elle réellement jamais sortie ?

«Les juifs parlent trop de ce qu’ils ont subi», je me suis souvent entendu dire. D’accord, on a parlé de ce qui se passait à Auschwitz, mais qui étaient ces personnes avant leur déportation ? Et elles avaient rééllement été libérées de Auschwitz? Je ne suis certainement pas la première à dire que pour ces personnes Auschwitz a duré toute la vie. Et Auschwitz, le mot Auschwitz n’est ici qu’un symbole de tout ce que mille mots ne pourront jamais me raconter mieux que le visage de tante Stella : très maigre, tendue, braquée, terrorisée, elle restait esclave d’un enfer sans issue, dans sa chambre toute propre de la maison de repos.

Combien d’autres Auschwitz il y a eu dans l’histoire, préparés parfois par des siècles, souvent par des années de campagnes de haine qui réveillent les pires instincts de l’homme? Il est impossible de répondre à cette question, ou même de décider si Auschwitz fut ou pas unique au cours de l’histoire. Il s’agit d’un terrain en quelque sorte «technique», académique, glissant. Ce que je sais c’est qu’il n’est pas difficile de justifier la haine religieuse, ethnique, raciale et sociale, et que pour la plupart d’entre nous il est assez facile de continuer à vivre tranquillement pendant que quelque part dans le monde un peuple est objet de génocide ou disparaît dans un lager, dans un stade, ou pendant que des victimes en proie à la terreur subissent d’atroces tortures et humiliations de la part de leur voisin, comme en Bosnie ou au Ruanda, ou de la part d’armées bien organisées, ailleurs. Des traitements qui laisseront pour toujours des marques dans leur chair : qu‘elles soient à la vraie encre, comme à Auschwitz, ou symboliques, cela n’a pas d’importance.

Je suis née d’une famille qui a dans son propre bagage la Shoah ; en un certain sens, le mien est un choix obligé : je ne peux raconter cette histoire qu’à partir d‘où elle a commencé. J’essayerai seulement d’évoquer le souvenir de comment était la vie à Rhodes, capitale du Dodécanèse et lieu d’origine de ma famille maternelle, avant que ne se vérifie la tragédie, l’été de 1944. Turcs, grecs, arméniens, juifs, levantins et italiens : à Rhodes différentes communautés vivaient coude à coude, se toléraient et se respectaient les unes les autres, du moins tant que l’administration italienne le voulut, environ jusqu’en 1936. Rhodes était en effet italienne depuis 1912, et c’est à partir d’alors que le destin de la communauté juive locale s’était liée à fil double avec celui de l’Italie, libérale d’abord fasciste ensuite, qui avait arraché ces îles à l’Empire ottoman, en créant une «colonie blanche» qu’on a très peu raconté. Ceux qui l’ont fait, pour la plupart des rescapés à la Shoah, en ont parlé comme d’un paradis, un paradis qui se termina en tragédie.

LA «PETITE» ET LA «GRANDE» HISTOIRE S’ENCHAINENT

I – Les souvenirs du paradis

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Les mémoires familiales que ma grand-mère Victoria m’avait transmises depuis que j’étais toute petite m’avaient toujours fascinée ; c’étaient des récits pleins de lumières où il n’y avait pas de place pour le malheur. Ces faits légendaires, que ma grand-mère me racontait un peu en italien et un peu en judéo-espagnol, me ramenaient à une jeunesse insouciante et joyeuse, vécue dans l’un des lieux les plus suggestifs au monde, royaume des mûriers et des papillons : Rhodes. Elle me racontait des fous rires avec ses cousines, des bêtises tramées à l’insu des parents sévères, de la plage, du rouge à lèvres mis en cachette seulement lorsqu’on était loin de la maison ; et puis le soleil toute l’année, les militaires italiens, les excursions à la campagne, les frères beaux et puissants, surtout Isaac, qui était «blond, grand et mince», disait ma grand-mère, «vraiment un très beau jeune-homme». Un fasciste convaincu qui avait combattu comme volontaire pour les troupes franquistes pendant la Guerre d’Espagne, en recevant même une médaille à la valeur.

Le thème du paradis je l’ai retrouvé plusieurs années plus tard, quand, en accomplissant mon travail de réalisatrice de programmes de télévision à caractère historique, je suis tombée sur des films parlant de Rhodes que la propagande du régime fasciste avait produit dans les vingt premières années du siècle. Voilà que Rhodes était présentée comme un lieu que l’activité laborieuse et le bon caractère des italiens avaient transformé en un paradis d’élégance et de bonheur. Rhodes était ainsi devenue la passerelle idéale pour véhiculer la rhétorique de l’italianité à la vocation à la fois impériale et débonnaire. En 1929 le couple royal fit au Dodécanèse une visite triomphale.

Je me rendis rapidement compte que les mémoires familiales étaient incomplètes : grand-mère ne me raconta jamais comment les choses changèrent à Rhodes après l’année 1936, quand un tour de vis dans la politique internationale eu des effets jusque dans le paradis, lorsque l‘application de plus en plus stricte de l’idéologie fasciste devint toujours plus lourde, jusqu’à la promulgation des lois raciales de 1938. Ma grand-mère ne me raconta jamais qu’à cette date-là elle avait déjà épousé mon grand-père contre la volonté de ses parents, qui ne voulaient pas la marier à un non juif. Même si grand-père Ernesto, un militaire sicilien passionnel et ironique, avait rapidement réussi à séduire ses beaux-parents avec son caractère doux, en faisant oublier la honte de ce scandaleux voyage en bateau avec sa fiancée très aimée, qu’il avait conduite jusqu’à Caltanissetta –où vivait sa famille – pour l’épouser dans sa Cathédrale.

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Et tante Stella ? Plus jeune que ma grand-mère, tante Stella était une jeune fille moderne, qui avait fait des études et travaillait dans une société commerciale. Elle avait de nombreux soupirants, ; l’un d’eux était un ami de mon grand-père, lui aussi militaire, que Stella rencontrait en cachette, avec la complicité innocente de ma mère qui l’accompagnait et qui à l’époque n’avait que quatre ou cinq ans.

II – Un grand amour et ses conséquences

Même si elle a été en quelque sorte censurée par la mémoire familiale, l’histoire d’amour de mes grands-parents est une histoire de passion, aux revers dramatiques et inattendus.

Victoria et Ernesto se connurent à Rhodes, en 1936. Lui était un lieutenant de Caltanissetta, catholique. Il perdit la tête pour la belle Victoria, qui partagea tout de suite son amour jusqu’à le suivre en Italie pour se marier à l’église, contre la volonté de ses parents. De Caltanissetta Victoria envoya une photo d’elle en robe de mariée, le regard voilé de mélancolie, sur laquelle elle avait écrit dans sa langue «Siempre engiuntos con vosotros» («toujours avec vous»). C’était le 9 octobre 1937. Ma mère Erminia, l’ainée des deux filles d’Ernesto et de Victoira, naquît à Rhodes 9 mois après, trois mois seulement avant la promulgation des lois raciales. Gloria, un an après. Les deux filles furent baptisées.

Ernesto et Victoria étaient heureux : ils vivaient tous dans la maison des parents de Victoria, où ils observaient avec simplicité les fêtes hébraïques les plus importantes. Ernesto, de son côté, aimait la fête de Noël qu’il célébrait, avec sa femme et ses enfants et ses amis. Victoria parlait judéo-espagnol avec ses parents et sa famille, italien avec son mari, ses filles et ses amis ; comme tous le juifs de l’île, d’ailleurs, elle, parlait couramment le grec. Pendant les deux premières années de guerre, Rhodes fut lourdement bombardée. Mon grand-père, désormais officier de réserve, travaillait dans une pépinière (Il Vivaio), sur la colline, pas loin de Rhodes.

Après l’annonce de l’armistice de l’Italie avec les alliés, le 8 septembre 1943, les hostilités entre les détachements italiens et les quelques forces allemandes présentes commencèrent à Rhodes aussi. Ernesto participe aux combats, tient un journal. Quand le 11 septembre la nouvelle de la capitulation arrive, tous les italiens croient qu’il s’agit de la capitulation allemande. Mais, «à dix-huit heures coup de théâtre, ils nous donnent l’ordre de déposer les armes. Ce ne sont pas eux mais nous les perdants. On a du mal à contenir et à calmer les hommes». Le Gouverneur Campioni et les autres responsables militaires, à l’exception du Général Briganti, ont choisi de se rendre. Ernesto écrit : «Les soldats ont le moral très bas parce qu’ils ont appris la trahison de nos chefs». Une fois les membres de la hiérarchie militaire déportés, à Rhodes l’occupation allemande commence. Sous le commandement du Contre-amiral Luigi Mascherpa l’île de Leros résiste jusqu’en novembre avec le soutien des forces britanniques. Mais inutilement.

La perspective du camp de concentration devient toujours plus concrète pour les militaires qui n’acceptent pas de s’engager dans les rangs allemands. Pour Ernesto et Victoria commence une période de grande incertitude: Ernesto, résidant à Rhodes, est interné, il s’enfuit, se cache. Pendant des mois mes grands-parents doivent même se rencontrer dans la clandestinité ; puis, pendant quelque temps, tout redevient « normal ». Mais en avril 1944, lorsque pour la énnième fois il refuse de signer l’adhésion à la République de Salò, mon grand-père est déporté en Allemagne.

III – La tragédie

Restée sans Ernesto, Victoria court sans cesse d’un endroit à l’autre sur son vélo : pour obtenir des nouvelles, pour envoyer des paquets à son mari, pour trouver de la nourriture pour ses filles. Jusqu’au moment où on impose aux juifs de se concentrer dans trois villages en dehors de Rhodes puis, à l’ «Ecole Aéronautique». Les hommes, qui y sont détenus seuls pendant quelques jours, subissent toute sorte de violences. Puis ils sont rejoints par les femmes. C’est l’antichambre de la déportation. Le Président de la communauté explique à ma grand-mère qu’elle n’est plus dans les listes de la communauté juive. Elle assiste aux préparatifs de tous les autres. La nuit avant le départ, fixé pour le 23 juillet 1944, la maison de Ruvkà et de Bohor Sidis est pleine de cousins et cousines, d’hommes et de femmes qui se font coudre les bijoux, les billets de banque, les monnaies d’or à l’intérieur des vêtements. Personne ne parvient à dormir.

Un couple de vieilles personnes portant une valise et marchant en se tenant par la main dans la queue du cortège des déportés le long de la rue en bas de la maison : c’est comme ça que ma mère voit pour la dernière fois ses grands-parents. Avec eux tante Stella, les cousines, les camarades de jeu, les nouveaux-nés, les amies de Victoria. C’est une très belle journée d’été.

Escortés par des soldats allemands et par des «repubblichini» (miliciens fascistes), tous les juifs sont conduits jusqu’au port. A l’intérieur des bateaux de transports, les conditions se détériorèrent rapidement : vomi, excréments, faim, soif. Quelqu’un meurt. Arrivés à Athènes, les juifs de Rhodes et de Cos sont détenus dans le camp de Haïdari : encore de la violence, de la brutalité et de la mort. Puis, chargés sur le convoi 44R, un des derniers à partir vers Auschwitz, ils y arrivent trois semaines après, le 16 août.

Victoria est maintenat complètement seule. A des milliers de kilomètres Ernesto, dans le camp de concentration militaire, ignore ce qui s’est passé à Rhodes jusqu’au 15 octobre, jour où il reçoit une lettre de sa femme datée 7 août qui l’informe. Ernesto est désespéré. Pris par des sentiments de culpabilité, il s’en prend à son obstination à ne pas vouloir collaborer avec les allemands, il se repent, il est déçu, amer ; affaibli par un dramatique manque de nourriture, il a peur de ne pas réussir à revenir auprès de sa femme et de ses filles. Il décide alors de se faire envoyer comme «travailleur» chez des fermiers, dans l’espoir – qui s’avèrera vain – de réussir en même temps à avoir des informations sur le sort de ses conjoints juifs . Il note sur son journal chaque détail du traitement brutal qu’il reçoit.

IV – Epilogue

Ernesto, les enfants et Victoria se retrouveront en Sicile plusieurs mois après la fin de la guerre. Ernesto, venant des camps allemands, Victoria, expatriée d’une Rhodes qui est désormais en train de devenir grecque. De la famille Sidis seulement Stella a survécu aux camps. Comme la presque totalité des femmes survivantes elle épouse un émigré « rodeslì ». Ernesto et Victoria iront la rejoindre au Congo. Au cœur de l’Afrique noire d’abord, en Belgique ensuite, à Bruxelles surtout, s’est reconstitué, malgré l’histoire, un fragment de Rhodes, ce qui reste de sa communauté juive et italienne. Son existence
diffère de quelques décennies la complète extinction de sa culture.

Dans la mémoire de ces italiens à l’étranger, dans les ex-déportés ainsi que dans la deuxième et la troisièmes génération, la nostalgie de cet âge d’or est encore très vive : quand dans cette colonie blanche qui ressemblait au «paradis» les juifs et les musulmans «s’entendaient», «le fascisme n’était pas raciste» mais avait l’air de porter émancipation et progrès. Promesses que ni le fascisme ni la monarchie n’ont maintenues, en abandonnant à elle-même la communauté qui s’était fortement identifiée à l’Italie pendant presque 40 ans. Un paradoxe, une fable tragique à laquelle on aurait du mal à croire, si elle n’était pas si réelle.

 

Rebecca Samonà

Traduit de l’italien par Barbara Pentimalli


Italiano

Per vedere un estratto del film:
The Island of Roses. Tragedy in Paradise (Rhodes, capital of the Italian Dodecanese (1912-1943)

Articolo legato: “Senza titolo”, una riflessione di Arabis sul film di Rebecca Samonà

L’isola delle rose, la tragedia di un paradiso

LE MIE MOTIVAZIONI: LA SHOAH IN CASA DI RIPOSO

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Non ricordo se fosse primavera o inverno. Di giorni grigi così ce ne sono tanti a Bruxelles. Quando mia madre ed io entrammo nella hall della casa di riposo ci sembrò di trovarci in un albergo dignitoso e abbastanza piacevole. Gruppetti di signore anziane giocavano a carte, altre guardavano la televisione o sedevano al “cafè” e chiacchieravano allegramente. Altre stavano alla finestra e guardavano fuori.

Noi eravamo lì per fare visita alla zia Stella, la sorella di mia nonna. Stella da anni era molto sorda. Dopo la scomparsa di suo marito Joseph, aveva accarezzato spesso l’idea del suicidio, o almeno aveva cominciato a parlarne apertamente. Così, ci aspettavamo di trovarla “come al solito”. Invece la zia Stella Sidis Piha si trovava in stato confusionale. Innanzitutto si rifiutò di scendere con noi alla cafeteria. Disse spaventata: “No! Noi non possiamo, è pericoloso”. Notammo che la nostra visita la rendeva nervosa, sorvegliava la porta della sua stanza, che lasciava sempre aperta “perchè loro devono poter entrare quando vogliono e noi dobbiamo essere sempre pronte alla selezione, che può arrivare in ogni momento”. Per questo, ci disse, non voleva cambiarsi i vestiti neanche per andare a letto.
Un cerotto le copriva il tatuaggio di Auschwitz che aveva sul braccio.
Uscimmo da lì mute, senza avere il coraggio di guardarci negli occhi.

La zia Stella morì di lì a pochi mesi, dopo aver vissuto ogni suo ultimo giorno così: vedendo intorno a sè soltanto Auschwitz, sentendosi ad Auschwitz ogni notte, ogni istante. Senza più freni inibitori a causa della senilità, era ripiombata in quell’inferno cui era riuscita a sopravvivere tanti anni prima.
Ma era mai veramente sopravvissuta?

“Gli ebrei parlano troppo di quello che hanno subìto”, mi sono sentita dire, spesso. D’accordo, si è parlato di ciò che avveniva dentro Auschwitz, ma chi erano queste persone prima della deportazione? E per loro la liberazione da Auschwitz è mai veramente avvenuta? Non sono certo la prima a dire che per loro Auschwitz è durata tutta la vita. E Auschwitz, la parola Auschwitz qui è soltanto un simbolo di tutto quello che mille parole non potranno mai raccontarmi meglio del volto della zia Stella, magrissima, tesa, braccata, terrorizzata, schiava di un inferno senza uscita, nella sua linda stanza nella casa di riposo.

Quante vittime di altre Auschwitz ci sono state nella storia, preparate se non da secoli, da anni di campagne di odio che fanno leva sui più bassi istinti dell’uomo? Rispondere è impossibile, così come decidere se Auschwitz fu unica o no nel corso della storia. E’ un terreno in un certo senso “tecnico”, accademico, scivoloso. Quello che so è che non è difficile giustificare l’odio di religione, etnico, razziale o sociale. Per la maggior parte di noi è abbastanza facile continuare a vivere tranquilli mentre da qualche altra parte del mondo un popolo è fatto oggetto di genocidio o scompare nei lager, in uno stadio, mentre vittime in preda al terrore subiscono orrende torture e umiliazioni da parte del vicino di casa, come in Bosnia o in Ruanda, o da parte di eserciti ben organizzati o altro ancora. Trattamenti che rimarranno impressi a vita nella loro carne, se con l’inchiostro vero come ad Auschwitz o soltanto simbolicamente, non ha importanza.

Sono nata in una famiglia che ha nel proprio bagaglio la Shoah, in un certo senso la mia è una scelta obbligata: non posso che raccontare questa storia, da dove è cominciata. Posso soltanto cercare di evocare i ricordi di come era la vita prima che la tragedia si verificasse nell’estate del 1944 a Rodi, capitale del Dodecaneso e luogo d’origine della mia famiglia materna. Turchi, greci, armeni, ebrei, levantini, italiani: a Rodi comunità diverse vivevano gomito a gomito, si tolleravano e si rispettavano, almeno finchè l’amministrazione italiana lo volle, più o meno fino al 1936. Rodi, infatti, era italiana sin dal 1912. Qui il destino della comunità ebraica locale si era annodato a doppio filo con quello dell’Italia prima liberale e poi fascista che aveva strappato queste isole all’impero ottomano, dando luogo ad una “colonia bianca” che pochi hanno mai raccontato. Quei pochi che lo hanno fatto, spesso sopravvissuti alla Shoah, ne hanno parlato come di un paradiso, un paradiso finito in tragedia.

L’INTRECCIO FRA LA STORIA “PICCOLA” E QUELLA “GRANDE”

I – Le memorie del paradiso

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Le memorie familiari che mia nonna Victoria mi aveva trasmesso sin da piccola mi avevano sempre affascinato, erano ricordi pieni di luce dove non c’era posto per l’infelicità. Queste memorie leggendarie, che la nonna mi raccontava un po’ in italiano e un po’ in giudeo-spagnolo, mi rimandavano a una gioventù spensierata e allegra, vissuta in uno dei luoghi più suggestivi del mondo, regno dei gelsi e delle farfalle: Rodi. Nonna mi raccontava di grandi risate con le tante cugine, di marrachelle combinate all’insaputa di genitori severi, della spiagga, di rossetti che venivano messi di nascosto soltanto lontano da casa; e poi il sole tutto l’anno, i militari italiani, le gite in campagna, i fratelli belli e possenti, soprattutto Isaac, che “era biondo, alto e magro”, diceva la nonna, “davvero un bellissimo ragazzo”. Un convinto fascista che aveva combattuto come volontario per le truppe franchiste durante la Guerra di Spagna, ricevendo pure una medaglia al valore.

Il tema del paradiso lo ho ritrovato anni e anni dopo, quando, svolgendo il mio lavoro di regista di programmi a carattere storico, mi sono imbattuta nei filmati su Rodi che la propaganda di regime aveva prodotto nel corso del ventennio. Ecco che Rodi era presentata come un luogo che l’operosità e il buon carattere italiani avevano trasformato in un paradiso di eleganza e felicità. Rodi era così diventata una passerella ideale per veicolare la retorica dell’italianità dalla vocazione imperiale e bonaria al tempo stesso. Nel 1929 la coppia reale compì nel Dodecaneso una visita trionfale.

Mi resi presto conto che le memorie familiari erano incomplete: nonna non mi raccontò mai di come le cose fossero cambiate a Rodi dopo il 1936, quando il giro di vite nella politica internazionale fece sentire i suoi effetti anche nel paradiso, dove la fascistizzazione diventò man mano sempre più pesante fino alla promulgazione delle leggi razziali nel 1938. La nonna non mi raccontò mai che a quella data aveva sposato già il nonno contro il volere dei suoi genitori, che non la volevano dare in moglie ad un non ebreo. Anche se il nonno Ernesto, un militare siciliano passionale e ironico era riuscito prestissimo a conquistare i suoceri con la sua mitezza, facendo dimenticare l’onta della “fuitina”, di quello scandaloso viaggio in bastimento con la sua fidanzata amatissima, che egli aveva condotto fino a Caltanissetta per unirsi a lei in matrimonio in una chiesa cattolica.

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E la zia Stella? Più giovane di mia nonna, zia Stella era una ragazza moderna, aveva studiato e lavorava come dattilografa in una ditta commerciale. Aveva molti corteggiatori ed uno in particolare con il quale si fidanzò segretamente, un amico del nonno, anche lui militare, che Stella incontrava di nascosto con la complicità innocente di mia madre, che allora aveva quattro o cinque anni e che la accompagnava.

II – Un grande amore e le sue conseguenze

Anche se in qualche modo censurata dalla memoria familiare, la storia d’amore fra i miei nonni è una storia di passione, dai risvolti drammatici e inaspettati.
Victoria ed Ernesto si conobbero nel 1937 a Rodi. Lui era un tenente di Caltanissetta, cattolico. Perse la testa per la bella Victoria, che ricambiò subito il suo amore fino a seguirlo in Italia per sposarsi in chiesa, contro il volere dei genitori. Da Caltanissetta Vittoria inviò una sua foto vestita da sposa, lo sguardo velato di malinconia, e vi scrisse nella sua lingua “siempre engiuntas con vosotros”. Era il 9 ottobre 1937. Mia madre Erminia, la primogenita delle due figlie di Ernesto e Vittoria, nacque a Rodi 9 mesi dopo, solo tre mesi prima della promulgazione delle leggi razziali. Le bimbe furono battezzate.
Ernesto e Vittoria erano felici: vivevano tutti in casa dei genitori di lei, dove si osservavano le feste ebraiche più importanti, in semplicità. Ernesto amava invece il natale, che festeggiava con gli amici italiani. La loro era una famiglia mista: in famiglia e con i parenti si parlava il giudeo-spagnolo, l’italiano con gli amici. Durante i primi due anni di Guerra a Rodi ci furono parecchi bombardamenti. Mio nonno, ormai ufficiale di complemento, lavorava in un vivaio in collina, poco fuori Rodi.

Dopo l’annuncio dell’armistizio dell’Italia con gli alleati, l’8 settembre 1943 iniziarono anche a Rodi le ostilità fra i reparti italiani e le scarse forze tedesche presenti sull’isola. Ernesto partecipa ai combattimenti, tiene un diario. Quando l’11 settembre arriva la notizia della resa, tutti gli italiani credono che si tratti della resa tedesca. Invece alle “Ore 18 colpo di scena, ci danno l’ordine di deporre le armi. Invece che loro i perdenti siamo noi. Bisogna fare parecchia fatica a contenere e calmare gli uomini.” Il Governatore Campioni e gli altri vertici militari, con la sola eccezione del Gen. Briganti, hanno scelto la resa. Ernesto scrive: “I soldati hanno il morale molto abbattuto perché hanno saputo del tradimento dei nostri capi.” Deportati i vertici militari, a Rodi comincia l’occupazione tedesca. Sotto il comando del Contrammiraglio Luigi Mascherpa l’isola di Lero resiste fino a novembre con l’appoggio di forze britannici. Ma inutilmente.

La prospettiva del campo di concentramento diventa sempre più concreta per i militari che non accettano di arruolarsi nelle file tedesche. Per Ernesto e Vittoria inizia un periodo di grande incertezza: Ernesto, residente a Rodi, viene internato, fugge, si nasconde. Per un periodo i miei nonni devono addirittura incontrarsi in clandestinità, poi per alcuni mesi tutto torna normale. Nell’aprile del 1944 però, al suo ennesimo rifiuto di firmare l’adesione alla Repubblica di Salò, il nonno viene deportato in Germania.

III – La tragedia

Rimasta senza Ernesto, Vittoria gira incessantemente per ottenere notizie, spedire pacchi al marito, per cercare di dar da mangiare alle figlie. Fino a quando agli ebrei viene prima imposto di concentrarsi in tre villaggi fuori Rodi, poi presso la “Scuola aeronautica”. Gli uomini, che vi sono detenuti per qualche giorno, subiscono ogni sorta di violenza. Poi vengono raggiunti dalle donne. E’ l’anticamera della deportazione. Il presidente della comunità spiega a mia nonna che lei non è più nelle liste della comunità ebraica. Lei assiste ai preparativi di tutti gli altri.
La notte prima della partenza, fissata per il 23 luglio 1944, la casa di Ruvkà e Bohor Sidis è piena di cugine, donne che si fanno cucire all’interno dei vestiti i gioielli, le banconote, le monete d’oro. Nessuno riesce a dormire.
Una coppia di anziani con la valigia, in fila nel corteo dei deportati. Si tenevano per mano. Dalla strada sotto casa, è così che mia madre vede per l’ultima volta i suoi nonni. Con loro la zia Stella, le cugine, le compagne di gioco, i neonati, le amiche di Vittoria. E’ una bellissima giornata d’estate.
Scortati da soldati tedeschi e repubblichini, tutti gli ebrei sono scortati al porto. All’interno delle navi da trasporto, le condizioni si deteriorarono subito: vomito, escrementi, fame, sete. Qualcuno muore. Arrivati ad Atene gli ebrei di Rodi e Coo sono detenuti nel campo di Haidari: ancora violenza, brutalità, morte. Poi caricati sul convoglio 44R, uno degli ultimi in assoluto a partire alla volta di Auschwitz, dove arrivano dopo tre settimane, il 16 agosto.
Vittoria ora è completamente sola a Rodi. A migliaia di chilometri di distanza Ernesto, in campo di concentramento, è ignaro di tutto fino a quando, il 15 ottobre, riceve una lettera da Vittoria del 7 agosto che lo informa dell’accaduto. Ernesto si trova in prigionia insieme ad uno degli spasimanti di Stella, è disperato anche lui. Ernesto è colto dai sensi di colpa, se la prende con la propria ostinazione a non collaborare con i tedeschi, è pentito, deluso, amareggiato: ha paura di non farcela a tornare dalla moglie. Decide di farsi mandare a “lavorare” presso dei contadini. Annota nel diario ogni particolare del trattamento brutale che riceve.

IV – Epilogo

Ernesto, le bambine e Vittoria si ritroveranno in Sicilia qualche mese dopo la fine della guerra. Ernesto, proveniente dai campi di Germania, Vittoria come profuga da una Rodi che sta ormai per diventare greca. Della famiglia Sidis soltanto Stella è sopravvissuta ai campi. Come la quasi totalità delle sopravvissute si sposa con un emigrato Rodesli. Anche Ernesto e Vittoria la raggiungeranno in Congo. Nel cuore dell’Africa nera prima e poi in Belgio, a Bruxelles, si ricostituisce un pezzo di Rodi e, quasi nonostante la Storia, un pezzo di Rodi ebraica e italiana.
Come in un limbo, destinato a procrastinare per qualche decennio la completa estinzione di una cultura.

Nella memoria di questi italiani all’estero, negli ex deportati come nelle seconde e terze generazioni, la nostalgia di quella piccola età dell’oro è ancora viva: quando nella colonia bianca che assomigliava al “paradiso” gli ebrei e i musulmani “andavano d’accordo”, “il fascismo non era razzista”, ma sembrava portatore di emancipazione e sviluppo. Promesse che né il fascismo né la monarchia mantennero, abbandonando a se stessa una comunità che si era fortemente identificata con l’Italia per quasi 40 anni. Un paradosso, una favola tragica alla quale si farebbe davvero fatica a credere, se non fosse così vera.

Rebecca Samonà

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