Le Pulle. L’enfer d’Emma Dante

Le Pulle, opérette amorale, écriture et mise en scène d’ Emma Dante, musique originale Gianluca Porcu. Au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 11 avril, à 20h30.

Scandés par des voiles sanglantes qui s’abattent tels
des couperets, se succèdent les épisodes de la vie des
PULLE, prisonnières de leur bordel, victimes malgré elles
des conventions d’une société qui les rejette.
Des spasmes de l’acte d’amour qui ouvrent le bal à
la danse de mort finale, ces pantins désarticulés
s’agitent au rythme d’une musique hypnotique et
s’inventent un paradis à «deux balles» pour
sortir de leur enfer quotidien.

Entre deux crises d’hystérie (hilarante scène de
maquillage, insoutenable scène de «bâfrerie»), la
bouffonnerie fait place à des moments d’émotion
intense (sacrifice de l’enfant par la mère, aveu au
père).

Mesquinerie, pauvreté, misère
intellectuelle, viol, inceste, rejet de
l’homosexualité : l’opérette amorale d’Emma
DANTE joue avec ces thèmes immémoriaux et s’attaque au
conservatisme sans pudeur ni retenue, et, au passage, la
piété en prend pour son grade!

Affronter les tabous et la réalité des bas-fonds palermitains semble encore rebuter quelques vieux coincés
et jeunes bigots qui préfèrent quitter la salle plutôt
que se frotter à ces images d’une société
universellement peu reluisante!

Ces marginaux (un transsexuel, quatre travestis), putes
pleines d’espoir encore, nourrissent en secret des rêves
de midinette, attisés par trois fées acrobates. L’amour
reste la seule échappatoire à cet univers
asphyxiant («il m’attend»), le mariage,
l’ultime rédemption possible. D’une convention l’autre, la boucle est bouclée.

L’interprétation très «physique» des
acteurs donne au spectacle une vigueur et une vérité
exceptionnelles. Leur corps est sollicité au delà du raisonnable (mot absent du vocabulaire d’Emma DANTE). Masqués au début, maquillés, démaquillés puis pratiquement nus pour arriver à l’essence de l’humain, à l’aspect le plus privé de leur personnalité, ils n’improvisent pourtant pas malgré l’impression de profonde liberté dégagée par la folie du simulacre de la féminité qui se déroule sur scène. Godemichés et crucifix aliés dans un ballet burlesque : les codes explosent mêlant mime, danse et arts plastiques. Toute honte et tous préjugés abandonnés le spectacle se gagne peu à peu. Magnifique Carmine MARINGOLA dans le rôle de Stellita, promise dont le sourire béat se transforme petit à petit en rictus de mort : « Les gens ne sont pas prêts, ils cancanent mais plus tard ils verront qu’il n’y a pas de mal ».

Rouge le tapis qui mène à l’autel. Ni paradis ni purgatoire pour les PULLE. Les rêves ne sont que des rêves et lorsque les fées se sont éloignées avec la nuit, la dure réalité reprend ses
droits.

MARIE SOREL

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