Centre Pompidou – La Subversion des images – Surréalisme

En 1921 Marx ERNST rencontre le couple Paul et Gala Eluard. En 1922 il adhère au mouvement surréaliste. En 1933 il part en Italie où il compose, en trois semaines, 182 collages à partir d’ouvrages français illustrés en noir et blanc de la fin du XIX° siècle.

maxernst_unesemainedebonte.jpgDe retour à Paris, il les publie dans un ouvrage en cinq volumes appelé Une semaine de bonté ou les sept éléments capitaux, chacun de couleur différente, d’avril à septembre 1934, aux éditions de la galerie Jeanne Bucher. Cette œuvre profondément originale qui s’apparente d’une certaine façon à l’écriture automatique des écrivains surréalistes a donné une merveilleuse exposition au Musée d’Orsay… Hélas, l’exposition est terminée.

Qu’à cela ne tienne ! Le Centre Pompidou reprend l’idée de la subversion des images* que les surréalistes ont appliquée, cette fois, à la photographie et au cinéma.
Comme le disait Lautréamont, c’est « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ».

Paul Nougé, La Jongleuse, de la série « Subversion des images », 1929-1930

L’exposition présente une foule d’œuvres et documents, dont les clichés célèbres de Man Ray et les photomontages de Breton, Eluard ou Artaud. Elle montre le mariage réussi du réel, du fortuit, et du merveilleux. On assiste à la mise en scène du réel où la petite « fausse note » provoque chez le spectateur de la photographie un regard insistant. Il s’efforce de rechercher en lui les résonances de ce presque réel. L’image transformée devient, à l’image de l’écriture automatique chère aux surréalistes, une sorte de photographie de la pensée, une représentation de leur monde esthétique intérieur. Toutes les techniques ont été tentées, montage, fumage, déformation. Ce trucage sera utilisé bientôt par la publicité. On constate que ce langage de l’image qui reflétait à merveille l’esprit surréaliste fonctionne encore très bien aujourd’hui.

*Centre Pompidou – Exposition « La Subversion des images » Surréalisme. Photographie. Film

Du 23 septembre 2009 au 11 janvier 2010

Pour relier les deux expositions, pour relier les collages hétéroclites de Marx Ernst à l’art poétique de Paul Eluard voici un de ses poèmes intitulé Marx Ernst où le réel douloureux affleure les images surréalistes :

Dans un coin l’inceste agile

Tourne autour de la virginité d’une petite robe.

Dans un coin le ciel délivré

Aux épines de l’orage laisse des boules blanches.

Dans un coin plus clair de tous les yeux

On attend les poissons d’angoisse

Dans un coin la voiture de verdure de l’été

Immobile glorieuse et pour toujours.

A la lueur de la jeunesse

Des lampes allumées très tard

La première montre ses seins que tuent des insectes rouges.

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Ce poème ouvre le recueil Répétitions dans « Capitale de la douleur ». Il évoque la danse de séduction du peintre Marx Ernst autour de Gala Eluard. Paul Eluard qui observe la connivence entre sa femme Gala avec le peintre à qui elle sert de modèle, nous fait partager cette sensation pénible et ambiguë par des images surréalistes : inceste agile, épines de l’orage, poissons d’angoisse. L’expression « Dans un coin » répétée quatre fois, ainsi que la combinaison de vers irréguliers augmentent encore cette impression de désordre intérieur.

Monique Coudert

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Photographies :

1) Paul Nougé, La Jongleuse, de la série « Subversion des images », 1929-1930. Épreuve gélatino-argentique, tirage moderne de Marc Trivier d’après le négatif original, 20 x 20 cm. Archives et musée de la littérature, Bruxelles

2) Paul Nougé, Cils coupé de la série « La Subversion des images », 1929-30 épreuve gélatino-argentique, tirage moderne Marc Trivier d’après le négatif original, 20X20cm, Archives et Musée de la Littérature, Bruxelles