(Invitations pour nos lecteurs). Le film Primavera ou “Vivaldi et moi”, co-écrit et réalisé par Damiano Michieletto, sort en salles en France le 29 avril 2026 et il y a de quoi se réjouir. C’est une transposition cinématographique plus que réussie du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa, lauréat du prix Strega en 2009 : situé dans la Venise du début du XVIIIe siècle, tout comme le livre, le film raconte comment la vie des jeunes orphelines de l’Ospedale della Pietà fut transformée par l’arrivée du nouveau maître de musique, le prêtre roux Antonio Vivaldi.
Il s’agit d’une histoire très vénitienne tant par son cadre que par l’origine du réalisateur et de l’écrivain, tous deux vénitiens. Michieletto en particulier est un metteur en scène de renommée internationale, connu comme le représentant le plus célèbre du Regietheater, une pratique qui adapte des œuvres classiques au monde contemporain. Ce film marque ses débuts au cinéma.
L’activité à laquelle sont consacrées — et contraintes — les jeunes filles recluses de l’orphelinat sous le contrôle d’une sévère matrone est l’étude de la musique et du violon, afin de satisfaire les nobles qui se rendent à la Pietà les jours de fête : elles offrent des concerts à l’abri des regards, le visage dissimulé derrière un masque ou une grille, en une sorte de clôture monastique, mais il arrive parfois que les plus jolies soient choisies comme épouses par de riches héritiers.

Avec l’arrivée du nouveau maître de musique, le prêtre Vivaldi, l’étude assidue et disciplinée du violon cède la place à un crescendo de tension en raison de sa nouvelle conception de la musique, comprise comme une expression totale de soi, sans réserve.
Ainsi, parmi les nombreuses élèves de l’hospice, le Maître choisit la plus douée et sa préférée, Cecilia, également protagoniste du roman de Scarpa, la seule âme inquiète et capable d’imagination, la seule qui sache donner aux notes la magie d’un cœur en tumulte.
Le film est émouvant et intense, et le choix des cadrages contribue à en accentuer la dimension érotique : les scènes d’intérieur se déroulent dans le clair-obscur des pièces de l’Ospedale della Pietà et dans le luxe fastueux des palais vénitiens, avec bals et dévoilement de visages masqués, tandis que les extérieurs sont principalement des prises de vue au ras de l’eau de la lagune.
La relation d’amour platonique et secrète entre le maître-prêtre et son élève est rendue dans des tons de style « protoromantique », à la lueur des bougies, lors de rencontres nocturnes dans l’église où Cecilia se réfugie pour écrire des lettres à sa mère qui l’avait abandonnée à sa naissance, dans une douloureuse quête de ses origines.
Lorsque la caméra saisit l’eau et le ciel ensemble, clairs comme dans une toile de Canaletto, c’est le Printemps : le printemps dans la musique et dans l’âme de la protagoniste, qui renaît.
Primavera est bien sûr le célèbre morceau de Vivaldi qui exprime la fête du réveil de la nature après l’hiver, nature et oiseaux chantants qui, dans le long métrage, sont représentés lors d’une cérémonie nuptiale à laquelle le prêtre participe avec ses élèves, trouvant l’inspiration pour son œuvre la plus célèbre.
Mais Primavera, c’est surtout la scène finale de la fuite libératrice de Cecilia, qui abandonne les grilles de l’Ospedale de la Pietà et un amour impossible avec don Antonio pour affronter seule son destin. Accompagneront sa fuite, les magnifiques notes musicales de son Maître, dans une audacieuse interprétation sémantique.
La Nature est Femme, donc son réveil fait le printemps.
Intéressante aussi est la fiction narrative utilisée par l’écrivain et le réalisateur pour situer dans son contexte historique une reconstruction réaliste de la condition féminine : il y a là un aspect social digne d’intérêt, traité avec délicatesse et sans jugement.

Il y a également un autre aspect qui vaut vraiment la peine d’être redécouvert grâce au film : Antonio Vivaldi, dont les Quatre Saisons ont été jusqu’à saturation popularisées, jouissait d’une grande renommée au XVIIIe siècle baroque, influençant des musiciens comme Bach, mais il mourut pauvre et oublié à Vienne en 1741, et son immense talent ne fut redécouvert – on peine à le croire – que dans les années 1930.
Le film de Michieletto a le grand mérite de nous restituer un Vivaldi romantique, une sorte de Leopardi en musique, et constitue une expérience très réussie.
A ne pas manquer !
Rossella Tramet, de Venise
BANDE ANNONCE à découvrir ici: https://vivaldi-et-moi.lefilm.co/
ou sur Allociné: https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=1000018672.html
Réalisé par: Damiano Michieletto; Avec: Tecla Insolia, Michele Riondino, Andrea Pennacchi, Fabrizia Sacchi, Valentina Bellè, Stefano Accorsi (durée 1.50)
JEU CONCOURS ET INVITATIONS
❤️❤️❤️En partenariat avec Diaphana distribution, des invitations pour deux personnes sont à tenter de gagner par tirage au sort à l’occasion de la sortie nationale du film en écrivant à Altritaliani.partenariats@yahoo.fr
Dans l’objet de votre mail, écrivez « Vivaldi et moi » + NOM, PRÉNOM et adresse mail.





































