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Voyages en Italie

Visite du Palazzo Gangi à Palerme, palais du film Le Guépard

lunedì 2 gennaio 2017 di Domenico Biscardi

Quand une femme extraordinaire vous accompagne à la découverte d’un palais sublime et exclusif, le temps s’arrête et l’enchantement s’installe. Reçu par la princesse Carine Vanni Mantegna, j’ai visité le Palais Valguarnera Gangi de Palerme, l’une des rares demeures aristocratiques d’Europe, construite entre 1750 et 1780, et restée complètement dans son jus. 8 000 mètres carrés situés au cœur de la ville et l’un des plus authentiques témoignages du baroque sicilien. Ici, Visconti a tourné des scènes inoubliables du “Guépard” en 1963 avec Alain Delon, Burt Lancaster et Claudia Cardinale. Une visite qui allie la beauté et l’éclat, les commentaires de Xavier Salmon du Musée du Louvre, les suggestions littéraires de Roberto Alajmo et les délices de la pâtisserie sicilienne de Salvatore Cappello.

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Claudia Cardinale et Burt Lancaster dans la fameuse scène du bal du Guépard (1963), tournée dans le Palais Gangi

Visiter le palais Valguarnera Gangi est une expérience rare, un moment de grâce, loin de toutes les trivialités de la vie. Un lieu qui par ses qualités artistiques et par la passion des ses bâtisseurs témoigne des plus hautes valeurs d’une civilisation. Nichée dans le quartier de la Kalsa, dont la visite est recommandée par l’écrivain Roberto Alajmo dans son livre Palerme est un oignon, cette somptueuse demeure fut choisie par Luchino Visconti en 1963 pour la fameuse scène du bal du film Le Guépard, avec Burt Lancaster et Claudia Cardinale. C’est grâce à lui que les majoliques du salon ovale et l’or de la Galerie des glaces sont entrées dans l’histoire du cinéma mondial.

Le mythe cinématographique n’est cependant que le prélude d’un patrimoine artistique encore bien plus précieux. La princesse Carine Vanni Mantegna di Gangi, née à Lyon, et épouse du prince Giuseppe, héritier direct du palais et l’un des derniers véritables guépards de l’île aux trois pointes, le sait très bien.

Elégante et passionnée, elle ne laisse pas indifférent. La visite de la vaste demeure en sa compagnie est une immersion dans son univers, étroitement lié au destin du palais. Depuis plus de 20 ans elle se bat pour restaurer et redonner vie à la grande maison, qui passe pour être un des plus beaux et des plus authentiques témoignages du rococo sicilien. En dépit de toutes les mesquineries législatives et fiscales, de l’insensibilité des autorités à la sauvegarde d’un patrimoine historique de cette valeur, la princesse a fait renaître tour à tour les salons, les mobiliers, la terrasse, le toit, les fresques, les tableaux, l’argenterie, les porcelaines, etc.

Elle a appelé au chevet de ce bâtiment fabuleux la fine fleur des restaurateurs toscans, qui ont conservé le goût du travail à l’ancienne, elle a réactivé des savoir-faire oubliés qui risquaient de disparaître, comme la technique de la mecca, une dorure à la feuille d’argent très utilisée en Sicile au 18e siècle. « Ce qui me pousse à poursuivre ce travail titanesque, confie-t-elle, c’est l’amour des jolies choses dans lequel j’ai été éduquée. Il est épidermique, viscéral chez moi, plus fort que tout. »

Une sorte de sacerdoce auquel elle consacre presque tout son temps et qui est apprécié par les conservateurs de la National Gallery, du Metropolitan et du Louvre : Xavier Salmon, directeur du département des Arts graphiques du Musée du Louvre, parle du palais Gangi comme l’une des plus spectaculaires demeures aristocratiques d’Europe, une des seules à ne pas être une coquille vide, mais ayant gardé tout son mobilier et ses décorations d’origine.

Menace fiscale

Cependant, le travail méticuleux et passionné de la princesse Vanni est aujourd’hui en danger en raison d’une loi italienne de 2011 qui a rétabli l’impôt sur la résidence principale, qu’elle soit historique ou non. Le couple princier, qui a investi plus de 3 millions d’euros en vingt ans pour gérer, entretenir et restaurer le palais, ne bénéficie d’aucun allègement fiscal et encore moins d’aides financières pour valoriser ce patrimoine exceptionnel. Il est tenté de jeter l’éponge et de vendre.
Cette cécité administrative et politique mobilise aujourd’hui plusieurs personnalités en France qui souhaitent sensibiliser le gouvernement italien à la sauvegarde des sites menacés d’être cédés au plus offrant.

Pendant la visite on comprend, donc, les contraintes derrière l’opulence. Une heure et demi d’extase à travers des salons qui regorgent de majoliques, porcelaines, cristaux et boiseries, sur la terrasse verdoyante et à l’abri du salon ovale où Alain Delon guettait sa ravissante fiancée. C’est ici que le parcours s’achève et où l’on pose des questions, on émet des commentaires en dégustant les créations de Totò Cappello, le grand pâtissier de la ville. La note sucrée est celle des salutations.
Carine Vanni nous accompagne au palier du sublime escalier à double rampe. Traversant la cour on sort sur la Piazza Croce dei Vespri, un espace carré qui protège des tumultes de la ville et amplifie l’enchantement de ce voyage dans un monde de cristal, si fragile.

Domenico Biscardi

Pour visiter le Palazzo Gangi

Réservez votre visite en écrivant à palazzogangi@hotmail.com

N’oubliez pas de passer à la Pasticceria Cappello

À lire

Palerme est un oignon, de Roberto Alajmo, Éditions La fosse aux ours, 2009, 192 p.

Demeures de Sicile, d’Angheli Zalapi, Könemann, 2000, 344 p.

À visionner:

Il Gattopardo (1963), film de Luchino Visconti, avec Claudia Cardinale, Burt Lancaster et Alain Delon.

Un extrait de la récente émission Rai 3: I dieci comandamenti de Domenico Iannacone


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