Altritaliani
Itinéraire italien

Lombardie. Monza, Pavie et Brescia. D’un duomo l’autre.

domenica 25 agosto 2013 di Jean-Claude Renard

Monza, Pavie et Brescia ont compté parmi les places fortes du règne des Lombards. Chargées d’un patrimoine architectural exceptionnel, injustement méconnu, ce sont de nouvelles destinations touristiques remarquables.

C’est ballot tout de même… 1 h 35 de vol, ou 7 heures de train. Milan. S’arrêter devant la Cène de Leonard, à Santa Maria delle Grazie, visiter le musée Brera, au moins pour le Christ mort de Mantegna, plonger dans le gothique flamboyant de la cathédrale, déambuler dans le château des Sforza, traverser la Galerie Emmanuelle II, flâner dans les boutiques de mode luxueuses. Et filer aussi sec sur la route des lacs. Majeur ou pas.

C’est ballot tout de même d’en rester là sur la vallée padane. A vingt kilomètres près, au Nord. A quelques minutes de train seulement. Passer à côté de Monza, ou imaginer qu’il n’y a ici, dans cette banlieue milanaise industrielle versée dans le textile qu’un circuit de Formule 1.
Parce qu’en réalité, dans les plis et replis du petit centre historique, la cathédrale romano-gothique San Giovanni Battista dresse fièrement une somptueuse façade, alternant les marbres verts et blancs. Une façade gavée de vraies et fausses ouvertures, dessinée à la toute fin du XIVe siècle par Matteo da Campione, à la fois sculpteur et architecte, l’un des fameux maîtres du style lombard. L’intérieur de la cathédrale est un empilement de styles et d’époques : un parement d’autel en argent doré du XIVe siècle, un trésor composé de différentes pièces d’orfèvrerie du bas Moyen Age, des reliquaires du XVIIe siècle, une chapelle dédiée à la reine Théodelinde, revêtue de fresques du XVe siècle, attribuées à la famille Zavattini. Ce sont 45 scènes, réparties sur cinq niveaux pour une surface totale de 500 m2, qui retracent l’existence de la reine, enrichies de scènes de banquets, de danses, de chasses, de fêtes, livrant ainsi un remarquable tableau de la cour lombarde au XVe siècle.

Plus que cette chapelle, c’est surtout la fameuse Couronne de fer qui fait la fierté des lieux, cette couronne des rois Lombards, symbolisant leur puissance, du VIe au VIIIe siècle, à la fois relique et ancestral insigne royal. Forgée à partir d’un clou utilisé pour la crucifixion du Christ, selon la légende, cette couronne de fer fait seulement 9 millimètres d’épaisseur, décorée de rectangles d’or, d’émaux et de pierres précieuses. Offerte à la reine Théodelinde, reine des Lombards (590-627) par le pape Grégoire le Grand, cette même couronne aurait consacré Charlemagne quand celui-ci mit fin au règne lombard (774). Mais là, l’histoire et les historiens en restent à utiliser le conditionnel. Pratique conditionnel qui garantit la postérité, réconcilie les parties. Plus sûrement, ils ont été nombreux, à la suite des Lombards, rois italiens et allemands ceints de cette couronne. Otton Ier, empereur germanique (952), Conrad II, roi de Germanie et d’Italie (1026), Sigismond (1431), Charles Quint (1530)… Jusqu’à Napoléon, en 1805 qui, d’autorité, se consacra roi d’Italie à Milan, se plaçant lui-même sur la tête la fameuse couronne avant de prononcer la formule : « Dieu me la donne, gare à qui la touche. » Elle servit plus tard encore à Ferdinand Ier, en 1838, empereur d’Autriche, roi de Lombardie et de Vénétie, puis fut remise à Victor Emmanuel II, en 1859, roi de Sardaigne et d’Italie (en 1861).

Au pied du Duomo, épousant les contours de ses fondations, s’étirant en souterrain, s’étend un époustouflant musée, créé en 2007, consacré à l’ancienne puissance de Monza portée par les rois lombards Bérenger et Visconti. Pièces grandioses et éclairages efficaces. S’y côtoient des pièces de l’Antiquité tardive, tel le diptyque de Stilicon, des pièces d’orfèvrerie, des tapisseries, des primitifs lombards, nombre d’icônes, d’objets liturgiques, de fresques, un véritable parcours au sein de la peinture italienne du XIIe au XVe siècle.

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A peine plus éloignée de Milan. Côté sud. Pavie. Ticinum à l’époque romaine. La petite cité vit au rythme de ses étudiants, fourmillant dans une université fondée au XIe siècle, qui s’enorgueillit encore d’avoir reçu Pétrarque et Léonard de Vinci, et plus tard, à la fin du XVIIIe siècle, le physicien Alessandro Volta, qui y enseigna pendant plus de vingt ans, et dont la l’imposante statue trône au centre de l’un des cloîtres de la faculté. L’impératrice fit construire en son honneur la superbe Aula Volta, l’un des plus beaux amphithéâtres de ce centre de recherches toujours à la pointe aujourd’hui, en particulier en médecine. On peut aisément déambuler dans cette université à l’architecture étonnante, qui décline des dizaines d’arcades, de cours intérieures, en passant d’un cloître à l’autre.

Mais Pavie est d’abord une invitation à la flânerie, au gré des artères principales, les Corsi Cavour et Mazzini, la Strada Nuova, reproduisant l’ordre régulier du castrum romain tandis qu’émergent ici et là l’ossature médiévale du bourg et un réseau particulièrement dense d’édifices Renaissance. Pavie a été la capitale des rois lombards, la rivale de Milan, un centre intellectuel et artistique renommé au XIVe siècle, un carrefour essentiel des voies de communication vers l’Adriatique, et finalement l’un des foyers ardents des groupes militant pour l’unité italienne, lors du Risorgimento au XIXe siècle. Ça laisse des traces, dans un Centro storico pourpre, gagné par la brique, inséré dans une boucle du Tessin (il Ticino) et d’un canal (il Naviglio Pavese). Des traces remarquables comme le Ponte coperto, érigé au XIVe et couvert au siècle suivant, reconstruit après guerre sur le modèle de l’original, le Broletto, l’ancien palais communal du XIIe siècle, les tours médiévales (la ville en aurait comptées une centaine), ou encore le Castello Visconteo, imposante bâtisse de brique (1360), doté d’une vaste cour et dont l’intérieur abrite, aux côtés des collections municipales, la pinacothèque Malaspina, riche de très belles pièces, sinon de chefs-d’œuvre, parmi des scènes bibliques et mythologiques, comme une Vierge à l’enfant de Giovanni Bellini et un retable de Vincenzo Foppa.

Et si le Duomo domine la cité, un duomo surmonté d’une grande coupole octogonale d’inspiration bramantesque, commencée en 1488, c’est surtout la Basilique San Michele Maggiore du XI-XIIe qui attire l’attention (et les visiteurs), avec sa façade, pour le coup, non pas en brique mais en grès blond, et à l’intérieur de laquelle figure notamment un subtil Couronnement de la Vierge du XVe siècle. A peine plus loin, consacrée au XIIe siècle, la Basilique San Pietro in Ciel d’Oro demeure un autre motif d’orgueil et de curiosité de la ville : portail en grès, tombeau de saint Augustin, orné d’une centaine de statues et d’une cinquantaine de bas-reliefs (XIVe siècle) et stupéfiants grotesques du XVIe siècle habillant la sacristie.

Après quoi, dans le dédale des ruelles, Pavie tient ses promesses d’invitation à la flânerie, avec ses hôtels particuliers, ses palais, ses boutiques, ses terrasses de café étirées le long des trottoirs tandis que le fleuve charrie sa charge de poésie, de jour comme de nuit.

A deux encablures du Centro storico, sur une terre concluant son pacte entre l’homme, la nature et la spiritualité, la Chartreuse de Pavie possède son poids de symboles. Une chartreuse aux confins des rizières alentour, des canaux d’irrigation, des châteaux et des seigneuries, des tours crénelées crachant leur verticalité au-dessus de la ruralité, calée dans l’esthétique aux courbes mutines du Pô et du Tessin. Fondée à la fin du XIVe siècle par Jean Galéas Visconti pour servir de mausolée à sa famille, la bâtisse somptueuse s’est agrandie dans les siècles suivants, au gré des architectes. Sa façade est d’abord un exercice de styles : sculptures de marbre polychrome, médaillons, statues réfugiées dans les niches, rinceaux et guirlandes, motifs ornementaux… Toujours animé par une communauté cistercienne, l’ensemble transpire d’une grâce solennelle, qui n’est pas démentie quand on pénètre l’enceinte. Intérieur gothique, trompe-l’œil, réfectoire, fresques multiples du Bergognone, cellules de moines, jardin intérieur, potager et succession de cloîtres. Aujourd’hui, les moines originaires du monde entier perpétuent les traditions ancestrales, en particulier en matière d’herboristerie et le visiteur pourra faire le plein d’infusions, de potions et autres pommades naturelles aux vertus éprouvées…

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A l’instar de Pavie, Brescia est construite sur les bases de l’ancien castrum romain. Le temple capitolin et les vestiges d’un forum témoignent d’un temps de splendeur à Brixia sous l’Empire. Brescia a été un duché lombard au VIIIe siècle, une commune libre au XIIe, soumise à la domination de Venise entre 1426 et 1797, puis autrichienne après le passage de Napoléon. Cité prospère à travers ses manufactures d’armes et marquée par la présence de peintres majeurs : Vincenzo Foppa au XVe siècle, Romanino, Savoldo et Civerchio au XVIe.

Là encore, traces et stigmates jalonnent une ville propice à la halte. Tout au nord, sur la colline Cidneo, entourée d’un vaste parc, se dresse la citadelle, édifiée par les Visconti en 1343. Donjon, murs crénelés, tour, bastions et pont-levis, le toutim du château fort qui renvoie aux rêves de l’enfance. Il abrite aujourd’hui le musée des Armes et celui du Risorgimento. Et à ses pieds, la cité se répartit en places élégantes. A commencer par la Piazza della Loggia. D’inspiration vénitienne. Qui furieusement ressemble à la place saint Marc de la Sérénissime. Ouverte en 1433, dominée aujourd’hui par la Loggia abritant l’Hôtel de ville, dessinée par les deux maîtres qu’ont été Sansovino et Palladio, rehaussée par une tour de l’horloge, les palais de l’ancien et du nouveau Mont de Piété reliés par des arcades.

Si son élégance est véritablement digne de la Cité des Doges, la Piazza della Loggia est également connue de tous les Italiens pour un événement tragique de l’histoire récente du « bel paese ». Le 28 mai 1974, un attentat aveugle fut perpétré contre l’assistance d’un meeting syndical et cette strage des « années de plomb », énième épisode de la « stratégie de la tension » mise en œuvre par les forces occultes de la politique italienne, fit 8 morts et plus de 90 blessés. A droite de l’horloge qui orne l’un des côtés de la place, un discret monument rappelle ce massacre…

A moins de cent mètres, la Piazza Vittoria est dominée par l’immeuble des Postes des années 1930, en marbre blanc et arcades, typique de la période fasciste « monumentale ». Plus vaste et aérée encore, la Piazza Paolo VI (pape entre 1963 et 1978, originaire de Brescia), se partage entre le Nuovo Duomo, formidable masse de marbre blanc et le Duomo Vecchio, sobre édifice roman. Au Broletto de boucler cette place somptueuse balayée par les vents, austère bâtisse romane surmontée d’une âpre tour carrée.

Dans l’enfilade de rues bordées de riches demeures Renaissance, derrière l’impressionnant temple capitolin (qui ne se visite pas) et son amphithéâtre antique, s’est niché l’imposant par sa taille Museo della Città. Magnifique demeure bâtie dans l’enceinte d’un monastère fondé en 753 et adossée à l’église Santa Giulia. Le musée s’articule autour de deux axes : l’histoire du monastère et les œuvres d’art propres à la province de Brescia, de la période préhistorique au XIXe siècle. Un large éventail (de 12 000 pièces exposées !) où se côtoient sans bousculade un cycle de fresques sur la vie de Sant’Obizio par Romanino, la grande croix du roi Didier, incrustée de pierres précieuses, une Crucifixion de Ferramola, le mausolée de Tosio Martinengo…

Martinengo, justement. Dont la pinacothèque éponyme n’a rien à envier en matière d’art. Sur la Piazza Moretto, le musée occupe l’ancien palais Martinengo du XVIIe siècle, légué à la ville par son propriétaire. A l’intérieur, une foule représentative de l’école de Brescia. Fastueuses scènes religieuses de Romanino, d’autres scènes religieuses et portraits de Moretto, Savoldo et Foppa, un Christ bénissant de Raphaël, une Adoration des mages de Lorenzo Lotto.

D’un duomo l’autre, c’est beaucoup, c’est beaucoup trop. Mais c’est aussi, et pleinement, cette Italie du Nord. Gavée, trempée d’intérêt. Affichant à la fois fièrement mais trop discrètement ses curiosités, son patrimoine. Bien au-delà de Milan et des lacs.

Olivier Doubre et Jean-Claude Renard

Lire également, des mêmes auteurs : Lombardie. Spécialités culinaires et gastronomie, avec carnet d’adresses.

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Museo e tesoro del Duomo di Monza : www.museoduomomonza.it
Musées de Pavie : www.museicivici.pavia.it
Musées de Brescia : www.bresciamusei.com

Brescia by night

Sous ses airs a priori de tranquille petite ville secondaire lovée au creux des collines lombardes à moins d’une heure de train de la Gare Centrale de Milan, Brescia surprend également ses visiteurs par son accueil nocturne. À la nuit tombée, du moins le week-end, la cité s’anime assez furieusement en attirant jeunes et moins jeunes de toute la province dont elle est le chef-lieu, voire au-delà.
Cette vie nocturne s’est développée depuis quelques années autour de la Piazzale Arnaldo, élégante place de la fin du XIXe siècle, corrigée sous le "biennio" fasciste par quelques immeubles d’architecture mussolinienne, qui jouxte l’un des plus anciens quartiers de Brescia où l’on a pu admirer le temple et l’amphithéâtre romains ainsi que le monastère Santa Giulia.
A quelques dizaines de mètres du cœur de la ville, la place Arnaldo compte de nombreux bars, éparpillés également dans les ruelles aux alentours et sur la très belle Piazza Tebaldo Brusato. Comme souvent en Italie, chaque "locale notturno" rivalise de décors à thèmes, qui choisissant le design national le plus pointu, qui restant fidèle au style plus traditionnel des vieilles auberges lombardes. Les groupes déambulent ainsi, souvent un verre à la main, bravant même le froid en hiver, d’une terrasse à l’autre, ou entrent écouter l’un des Djs qui jouent des platines, jusqu’au bout de la nuit. On l’aura compris, Brescia n’a pas fini d’étonner ses visiteurs…
O.D. & J-C.R.


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