Altritaliani
Une enfance iranienne, loin de tout cliché

Salam, maman de Hamid Ziarati

suivi d’une interview de l’auteur
lunedì 12 aprile 2010 di Marguerite Pozzoli

Roman de formation, chronique d’une famille ébranlée, puis déchirée par la Révolution iranienne et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini, "Salam, maman" (2006) vient d’être publié par les éditions Thierry Magnier, dans une traduction française de Marguerite Pozzoli. Né à Téhéran en 1966, réfugié en Italie depuis 1981, Hamid Ziarati écrit en italien, sa langue d’adoption, mais sa culture persane d’origine imprègne avec charme et délicatesse son oeuvre.

C’est le jour du Noruz, le nouvel an iranien, et c’est aussi l’arrivée du printemps. Un enfant, Ali, se réveille après un cauchemar (prémonitoire ?) où il était poursuivi par des chiens. Mais les préparatifs de la fête effacent rapidement le mauvais souvenir ; le père, chauffeur de taxi, arrive avec un cadeau, symptomatique d’une «nouvelle époque» : un téléviseur. Et sa femme lui annonce que, si elle a mis une bougie de plus sur la table, c’est parce que la famille va bientôt s’agrandir.

En cinq parties, cinq étapes rythmées par autant de rêves et par un motif récurrent : «Je ferme les yeux très fort. Je les rouvre d’un coup», Hamid Ziarati nous fait partager la vie d’une famille comme beaucoup d’autres, à Téhéran, sur une période d’une dizaine d’années environ. Cela pourrait être très banal si ces années ne coïncidaient avec le passage du régime du Shah à l’instauration, après la Révolution, de la République Islamique dirigée par l’ayatollah Khomeini. Tout cela nous est raconté à travers le regard d’Ali, qui passe de l’enfance à l’adolescence et qui, comme dans tout roman de formation, vit ses premiers émois amoureux, découvre les plaisirs de la lecture et se pose, parfois, de grandes questions philosophiques.

Mais, loin d’apporter à la famille le bonheur promis, la révolution sépare les parents de leurs enfants : le fils aîné, Puyan, est arrêté et passe plusieurs semaines en prison ; il partira en Angleterre et deviendra photographe ; Pari, sa sœur jumelle, poursuit ses études aux Etats-Unis où elle sera rejointe, peu de temps après, par la benjamine, Parvin, qui ne supporte pas l’absence de sa sœur. Quant à Ali, il ne rêve que de les rejoindre et, après avoir cru quelque temps au bien-fondé du nouveau régime, déchante rapidement.

Cette saga familiale est racontée avec un mélange de tendresse, d’humour et de gravité.
Une des principales qualités de l’auteur est de nous faire sentir à la fois l’importance de la culture persane, à travers ses coutumes, ses pratiques, ses croyances, sa littérature – ainsi, à chaque fois que la mère doit prendre une décision importante, elle ouvre au hasard le livre du grand poète Hafez et trouve une réponse à ses doutes – et de nous montrer l’universalité des préoccupations de ses personnages. Des personnages qui adorent le cinéma italien ou lisent avec passion Fahrenheit 451, dont le sujet est étonnamment proche de leurs propres problèmes…

Et c’est ainsi que, sans jamais avoir la prétention de délivrer un «message» quelconque, Hamid Ziarati rend hommage à la richesse de la culture iranienne, tout en déclarant son amour pour les autres. Avec simplicité. Avec courage. Parce que, comme le dit John Lennon dans la chanson Imagine, citée en exergue «You may say I’m a dreamer /but I’m not the only one»…

Marguerite Pozzoli

INTERVIEW DE HAMID ZIARATI

D’où vient votre amour pour la littérature ?

J’appartiens à une génération qui regardait très peu la télévision car, dans les années 1970, en Iran, il n’existait que deux chaînes et elles transmettaient tout au plus une heure de dessins animés ou des émissions pour enfants. En outre, ma mère ne nous autorisait pas à passer des heures dans la rue pour jouer avec les autres gamins. La lecture était donc une des meilleures façons de tuer le temps. Et puis, j’ai grandi avec les récits oraux que les miens racontaient tous les soirs, aussi bien des histoires fantastiques que des faits réels, arrivés à des parents et à des amis. Cela nous distrayait aussi lors des voyages en voiture, même quand nous ne faisions que traverser la ville. Je dois ajouter que ma mère aimait beaucoup que nous lisions à voix haute. Elle, elle savait à peine lire et écrire, et elle avait du mal à le faire, car elle avait des problèmes de vue.

Comment sont nés vos deux romans [1] ?

Salam, maman est issu de l’envie de raconter à mon fils qui était sa grand-mère, morte d’une leucémie en 1998, et de lui expliquer pourquoi j’ai fait 5000 kilomètres pour venir vivre en Italie [2] loin des êtres chers. C’est, en grande partie, l’histoire de ma famille, et donc aussi la sienne, et il faut qu’il la connaisse. Par contre, Le Mécanicien des roses est destiné à ma fille, afin de lui montrer que l’amour a de multiples facettes et que, sous les dictatures, personne n’est à l’abri des abus et des injustices qui en découlent.

L’exil a-t-il été, pour vous, un des moteurs de l’écriture ?

J’ai toujours aimé lire et écrire. Enfant, j’écrivais tout ce qui me semblait digne d’être raconté, et que je n’arrivais pas à exprimer oralement. J’ai dû attendre plusieurs années avant de maîtrises suffisamment la langue italienne, pour pouvoir le faire dans cette langue d’adoption. J’ai écrit ma première nouvelle en italien en 1994. Elle a été publiée dans une anthologie. Dix ans plus tard, vu que les gens de mon entourage n’avaient pas la moindre idée du monde d’où je venais, ou bien en avaient une idée déformée, issue des médias qui mettent souvent tout dans le même sac, j’ai décidé de le raconter par écrit à mon fils.

Dans "Salam, maman", il y a un leitmotiv : ouvrir, fermer les yeux. Cela représente-t-il la connaissance, l’illusion, le rêve ? Quelle est, pour vous, l’importance des rêves ? Y a-t-il un lien avec la littérature iranienne ?

Les rêves sont présents dans toute la littérature mondiale depuis l’Antiquité, et c’est le spectacle auquel nous assistons durant un tiers de notre vie, pendant notre sommeil quotidien. Dans la tradition persane, iranienne et même islamique, le rêve joue un rôle essentiel, comme si c’était le moment où le Dieu invisible se montre. Et puis, l’interprétation des rêves a, pour moi, un sens particulier, c’est une tradition familiale.
Par le fait de fermer et d’ouvrir les yeux, j’indique tantôt le fait de fuir la réalité, ou l’illusion, le passage de l’adolescence à la maturité, de la tiédeur d’un sommeil agréable à la réalité la plus crue.

Que représente pour vous la poésie ?

Elle fait partie intégrante de ma connaissance, de ma langue maternelle, de ma manière de raisonner. En langue persane, on ne peut pas dire deux phrases consécutives sans un intermède fait de poésie, de proverbes ou de dictons, qui confirment le propos que l’on tient.

Aimeriez-vous que vos livres soient publiés en Iran, ou sont-ils avant tout destinés à un public européen ?

A l’origine, Salam, maman est un livre pour les non Iraniens, qui ignorent jusqu’à la situation géographique de ce pays. Pour un Iranien, sa lecture est une remémoration de ce qui s’est passé réellement, sans rhétorique, durant les années qui ont conduit à l’avènement de la République Islamique. Quant au Mécanicien des roses, c’est un livre que j’ai écrit en italien, mais avec des thématiques universelles, même si la toile de fond est toujours l’Iran. J’aimerais beaucoup qu’il soit publié et lu par mes compatriotes d’Iran, mais avec la censure de là-bas, je ne pourrais peut-être publier que la première phrase, car dès la deuxième…

(La traductrice, Margherite Pozzoli, remercie Hamid Ziarati de s’être si gentiment prêté au jeu de l’interview par mail…)

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[1Le deuxième roman de Hamid Ziarati, Il meccanico delle rose (Einaudi 2009) sera également publié par Thierry Magnier.

[2L’auteur est arrivé en Italie en 1981, à l’âge de quinze ans.


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