“Le dernier pour la route” de Francesco Sossai en tête pour les David di Donatello 2026

[article bilingue]. “Le città di pianura”, arrivé dans les salles de cinéma françaises ce 8 avril, était né comme un «petit film» mais s’est imposé, en quelques mois, comme Le cas cinématographique de la saison. Le dernier pour la route, tel est son titre français, de Francesco Sossai est en tête des nominations aux David di Donatello 2026 (l’équivalent transalpin des César) avec 16 citations, dépassant des auteurs confirmés comme Paolo Sorrentino et Silvio Soldini, et se présente comme favori pour le meilleur film, le meilleur scénario et la meilleure réalisation.

Une reconnaissance qui ne surprend qu’en partie : ce road movie nocturne, alcoolisé et mélancolique, situé au cœur de la Vénétie, possède dès le départ une force narrative et symbolique capable de transformer une histoire marginale en un récit universel.

Le film s’ouvre sur une course rapide le long des virages du Fadalto — descente des montagnes bellunoises vers la plaine — et se termine sur la route, comme pour boucler la boucle. C’est le voyage de Carlobianchi et Doriano, interprétés par Sergio Romano et Pierpaolo Capovilla : deux figures de la marginalité vénitienne, liées par une complicité alcoolisée qui est à la fois refuge, mémoire et dérive.

Avec eux, presque entraîné malgré lui, Giulio, un jeune étudiant en architecture timide et naïf, interprété par Filippo Scotti : un corps étranger qui se laisse peu à peu contaminer par un monde qu’il observe d’abord avec distance et rigidité.

Le paysage est aussi central que les personnages.

D’un côté, ce qui résiste : les montagnes, Venise, les collines du Prosecco. De l’autre, les villes de plaine : une succession indistincte de formes géométriques, de non-lieux bétonnés traversés par des routes qui relient sans jamais vraiment unir.

Dans ce vide s’inscrit l’une des intuitions les plus fortes du film : le parallèle entre les cercles des verres — symbole de l’amitié des protagonistes — et ceux de la Tomba Brion, chef-d’œuvre de Carlo Scarpa. Un lieu qui interrompt la banalité de la plaine et introduit le spectateur dans une autre dimension, où architecture, mémoire et mort dialoguent en silence.

Comme si, dans la Vénétie des villas palladiennes — évoquées dans un épisode central — et des autoroutes qui les ont vidées de leur sens, c’était précisément dans une œuvre moderne et isolée que survivait une possibilité de sens.

Le voyage devient alors métaphore : d’un passé partagé, aventureux, qui se prolonge dans un présent en déclin, où « il ne reste plus qu’à se boire dessus » (non resta che berci sopra) ; mais aussi d’une transformation. Car, entre deux verres, on rit. Et ce sourire, inattendu, devient contagieux.

C’est là que le film trouve sa justesse la plus profonde : dans sa capacité à tenir ensemble déchéance et grâce, ironie et mélancolie.

Ce n’est pas un hasard si, dans le parcours qui l’a conduit jusqu’à la reconnaissance — en passant notamment par le Festival de Cannes — la critique a vu en Sossai une voix capable de raconter un territoire sans folklorisme, en le transformant à la fois en langage politique et universel.

À la fin, il n’y a pas un dernier verre, mais une boule de glace.
Un geste simple, enfantin, presque déplacé. Et pourtant nécessaire. Car les protagonistes restent, au fond, naïfs et sincères comme des enfants — et le regard du réalisateur, aujourd’hui très bien placé pour un succès aux David di Donatello (la cérémonie de remise des Prix aura lieu le 7 mai), continue de se poser sur eux, et sur sa terre, avec une indulgence mélancolique et une profonde sympathie.

Rossella Tramet

Bande-annonce et présentation ICI sur Altritaliani dans un article précédent 


RECENSIONE IN ITALIANO PER CHI PREFERISCE

LE CITTÀ DI PIANURA di Francesco Sossai guida le candidature al David di Donatello 2026

Quello che era nato come un “piccolo film” si è imposto, nel giro di pochi mesi, come il caso cinematografico della stagione: Le città di pianura di Francesco Sossai guida le candidature al David di Donatello 2026 con 16 nomination, superando autori affermati come Paolo Sorrentino e Silvio Soldini, e si presenta come favorito per miglior film e regia. La ceremonia di premazione si svolgerà il 7 maggio.

Un riconoscimento che sorprende solo in parte: perché questo on the road notturno, alcolico e malinconico, ambientato nel cuore del Veneto, possiede fin dall’inizio una forza narrativa e simbolica capace di trasformare una storia marginale in un racconto universale.

Il film si apre con una corsa veloce lungo le curve del Fadalto — discesa dal Bellunese verso la pianura — e all’on the road ritorna, come a chiudere un cerchio. È il viaggio di Carlobianchi e Doriano, interpretati da Sergio Romano e Pierpaolo Capovilla: due figure della marginalità veneta, legate da un sodalizio alcolico che è insieme rifugio, memoria e deriva.

Con loro, quasi trascinato, il giovane studente interpretato da Filippo Scotti, corpo estraneo che lentamente si lascia contaminare da un mondo che inizialmente osserva con distanza e rigidità.

Il paesaggio è protagonista quanto i personaggi.
Da un lato ciò che resiste: le montagne, Venezia, le colline del Prosecco. Dall’altro, le città di pianura: una distesa indistinta di geometrie, non luoghi cementificati, attraversati da strade che collegano senza mai davvero unire.

In questo vuoto si inserisce una delle intuizioni più forti del film: il parallelismo tra i cerchi dei bicchieri — emblema dell’amicizia dei protagonisti — e quelli della Tomba Brion, capolavoro di Carlo Scarpa. Un luogo che interrompe la banalità della pianura e introduce una dimensione altra, dove architettura, memoria e morte dialogano silenziosamente.

Come se, nel Veneto delle ville palladiane citate in un episodio centrale e delle superstrade che le hanno svuotate, fosse proprio in un’opera moderna e appartata che sopravvive un senso possibile.

E allora il viaggio diventa metafora: di un passato condiviso e avventuroso che si prolunga in un presente in declino, dove “non resta che berci sopra”; ma anche di una trasformazione. Perché, tra un’ombra e l’altra, si ride. E quel sorriso, inatteso, contagia.

È qui che il film trova la sua misura più autentica: nella capacità di tenere insieme degrado e grazia, ironia e malinconia. Non a caso, nel percorso che lo ha portato fino alla ribalta — passando anche per Festival di Cannes — la critica ha riconosciuto in Sossai una voce capace di raccontare un territorio senza folklorismi, trasformandolo in linguaggio universale.

Alla fine non c’è un’ultima ombra, ma una pallina di gelato.
Un gesto semplice, infantile, quasi fuori luogo. E proprio per questo necessario. Perché i protagonisti restano, in fondo, ingenui e sinceri come bambini — e lo sguardo del regista, oggi consacrato dal successo ai David, continua a posarsi su di loro, e sulla sua terra, con malinconica indulgenza e profonda simpatia.

Recensione a cura di Rossella Tramet, dal Veneto

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Rossella Tramet
Avvocato atipico, ossimoro di tenacia e leggerezza. Attratta dalla bellezza dei paesaggi e dalle corrispondenze artistiche. Coltivo sogni tra Parigi e Venezia, affondo le mie radici tra le Dolomiti e le colline del Prosecco. ----------------------- Avocate atypique, un paradoxe entre ténacité et légèreté. Attirée par la beauté des paysages et les liens artistiques. Je nourris des rêves entre Paris et Venise. Mes racines sont dans les Dolomites et les collines du Prosecco.

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