Altritaliani
150 – Le parole che hanno fatto l’Italia: Emigration.

“Italiens. 150 ans d’émigration en France et ailleurs”.

Editions Editalie, 2011
domenica 30 ottobre 2011 di Evolena

À l’occasion du 150e anniversaire de l’unité de l’Italie, les éditions Editalie ont voulu célébrer l’émigration italienne en lui consacrant un ouvrage complet, composé de nombreux témoignages et réflexions sur le sujet. Cette histoire trouve dans ce livre le lieu de sa reconnaissance, à une époque où la mémoire fait souvent défaut. Une histoire de l’émigration, vue de l’intérieur, par ceux-là mêmes qui l’ont faite. Une vision réaliste et sans complaisance, loin des clichés et de l’autocélébration. Laure Teulières, historienne et maître de conférence à l’Université de Toulouse Le Mirail, coordinatrice de l’ouvrage auquel ont participé pas moins de 50 historiens et témoins, nous en parle dans la préface que nous reproduisons en accord et collaboration avec nos amis de Radici.

À l’occasion du cent cinquantenaire de l’Unité, il semblait indispensable de marquer ce que l’émigration représente dans l’histoire italienne contemporaine. Car avec près de 27 millions d’émigrants, la vie de la Péninsule doit beaucoup à cette Italia all’estero trop souvent passée sous silence.

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Emigration vers les Etats-Unis

L’ouvrage est le résultat du travail et des échanges noués avec toute une palette d’auteurs spécialistes de la question. Selon un seul principe : rassembler les meilleurs connaisseurs, les chercheurs et universitaires qui abordent le sujet dans une approche scientifique, mais aussi des témoins pouvant transmettre leur expérience.

Le projet a germé à travers la revue RADICI et sa rubrique «Histoire de l’émigration» – co-dirigée avec mon collègue italianiste Frédéric Spagnoli – qui offre dans chaque numéro un rendez-vous régulier aux lecteurs. Autant d’articles originaux, d’histoires, de portraits, de chroniques qui avaient donné matière à un hors-série publié en 2007 qui fut bientôt épuisé... et toujours réclamé ! D’où l’idée d’éditer, sous forme de livre, une version revue et augmentée. Les articles ont été remaniés, enrichis, illustrés de neuf, et complétés surtout de textes nouveaux, dont plusieurs inédits remarquables. Au total, 500 pages pour parcourir plus d’un siècle d’histoire. Mais sur le mode du florilège.

«ITALIENS. 150 ans d’émigration» réunit en effet des contributions d’une grande diversité présentant autant d’épisodes, de parcours, de portraits. Depuis les provinces de la Péninsule – Vénétie, Frioul, Trentin, Émilie, Sicile... – , marquées chacune à sa manière par les allers-retours migratoires ou les départs définitifs ; jusqu’aux terres d’accueil en France et ailleurs. Des villes d’abord, où les immigrés ont pris place au sein de populations mêlées. Nice, bien sûr, avec entre autres singularités de n’être rattachée à la France qu’en 1860, mais aussi Grenoble ou Marseille, fort dissemblables et pourtant, l’une comme l’autre, ville italienne. Dans la capitale, ce sont les quartiers populaires de La Villette, du faubourg Saint-Antoine ou la ceinture « rouge » de banlieue. Cette présence est aussi abordée à l’échelle régionale : la Lorraine et l’aventure des mineurs du fer, le Nord où tant d’Italiennes furent ouvrières du textile, le Sud- Ouest devenu dans les années 1920 une forte zone d’immigration rurale... et tant d’autres territoires dont on sait moins combien les Transalpins y ont fait souche, en Normandie, dans les Vosges ou en Franche-Comté. Quelques contrées plus lointaines – la Tunisie, le Luxembourg ou l’Amérique, jusqu’à l’étonnant petit village mexicain de Chipilo – élargissent la perspective.

L’univers du travail est au cœur des parcours des émigrés. Charbonniers toscans ou bergamasques, sidérurgistes, métiers du bâtiment qui furent assurément un vecteur privilégié d’intégration, et d’autres milieux professionnels comme ceux de la restauration ou de la boutique... On verra aussi le cas particulier des paysans : comment les immigrants sont venus s’établir à la terre, prenant des fermes à l’abandon pour s’enraciner définitivement dans les terroirs occitans de Gascogne et du Midi toulousain. Un chapitre rappelle la place centrale des femmes dans l’émigration. Un autre ses aspects politiques autour de l’exil antifasciste de l’entre-deux-guerres. On trouve également des éléments de réflexion sur les mécanisme de la xénophobie à travers les conflits ouvriers de la fin du XIXe siècle – dont bien sûr la tuerie d’Aigues-Mortes en 1893.

Les lecteurs feront aussi leur miel des contributions sur le patrimoine culturel : le trésor des chants populaires ; la naissance du musette, emblématique d’un métissage musical réussi ; le cinéma et les images d’émigrants qui ont construit notre imaginaire... L’italianité est explorée dans ses aspects littéraires ou architecturaux, comme à travers l’entrée plus prosaïque, mais ô combien fondamentale, des usages alimentaires. On peut y sentir, enfin, que la mémoire tient bon et se réinvente autour de ce passé, quand la curiosité revivifie le lien généalogique ou que naissent de nouvelles dynamiques interculturelles – tels les jumelages entre communes françaises et italiennes – ou sociales – à l’exemple des solidarités promues par l’association Trentini nel mondo.

C’est aussi par le prisme de la mémoire que l’on revient sur des événements qui ont cruellement marqué l’histoire de l’émigration : le drame d’Izourt en Ariège en 1939, et surtout la terrible catastrophe minière de Marcinelle en Wallonie, en 1956.

Plusieurs textes émanent d’émigrés ou de descendants qui ont pris eux-mêmes la parole pour dire cette histoire. C’est un choix tout à fait délibéré. Car les récits de vie sont une autre manière de comprendre les choses et d’en rendre compte. La palette a été voulue large, là encore, d’un Italien de la seconde génération ayant fait toute sa carrière dans les usines De Wendel à Hayange, à un autre formé au Petit Séminaire, ordonné prêtre en France, avant d’animer finalement la paroisse italienne de Toulouse. Il y a aussi l’exemple de cette femme, émigrée et paysanne, que tout dans sa condition prédisposait à être une « sans-voix » et qui se mit en tête, l’âge venu, de rédiger un carnet autobiographique pour transmettre aux siens ce qui lui semblait essentiel.

Par définition, les témoignages vécus racontent des tranches de vie toutes personnelles. Beaucoup y retrouveront pourtant l’écho de leur propre aventure ou de celle de leurs aïeux. Car les choses sont partagées dans ces pages en toute sensibilité, telle la touchante histoire d’amour de Fani et Raffaello, ou la leçon de courage et d’amitié narrée aujourd’hui par Giovanni qui n’avait que dix ans quand ses parents l’amenèrent en France à la fin des années 1940... Fille ou fils, petite-fille ou petit-fils d’émigrés, chacun nous livre une réflexion subtile sur la partenza, le déracinement, l’adaptation, les transformations et réinventions identitaires, les gestes et les habitudes où se niche encore l’italianité des vieux migrants. Sur la transmission aussi, la force, la douleur et la douceur d’un héritage culturel chahuté par la migration. Ainsi le dialogue composé par des lycéennes de section européenne italien, parties en quête de leurs histoires familiales respectives, reconstituant le destin de leurs grands-parents, et comparant ce qui leur a été transmis – ou pas. C’est un signe que la quête mémorielle, quand elle devient matière à des projets pédagogiques biens conduits, peut contribuer à des réflexions utiles sur l’expression des identités dans la société d’aujourd’hui et nourrir l’éducation à la citoyenneté.

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Émigrés italiens, intérieur d’un logement à plusieurs lits pour célibataires ou pour travailleurs sans leur famille. Photographie de Ando Gilardi, Allemagne, 1960.

À feuilleter cet ouvrage kaléidoscope, on voit qu’il donne une place exceptionnelle aux photographies anciennes. Ces sources ont en effet leur force propre et constituent une trace inestimable. Quant aux contributions écrites, c’est à la lecture qu’on en découvre la saveur. En tant que coordonnatrice de l’ensemble, je remercie très chaleureusement les différents auteurs qui y ont contribué. C’est grâce à leur talent et leurs connaissances que l’on peut espérer restituer au plus grand nombre, au plus large public, un aperçu de cette histoire.

La France a été façonnée par l’immigration depuis plus d’un siècle. Bon nombre de Français ont d’ailleurs des origines étrangères. Après avoir longtemps été enfoui, négligé, le temps semble venu pour cet apport immigré de refaire surface. Le souci des racines, en ce sens, ne découle pas d’une démarche passéiste. C’est plutôt la reconnaissance de la richesse qu’il peut y avoir à se réclamer d’une double appartenance. Entre expatriation et enracinement, les émigrés-immigrés ont fait naître un lien franco-italien tout particulier. Et ce lien ne demande qu’à vivre. D’autant que l’histoire semble s’inverser aujourd’hui sous nos yeux, et c’est cela aussi que nous avons voulu souligner dans un dernier chapitre.

Les paquebots transatlantiques qui, au début du siècle passé, amenaient des cargaisons d’Italiens pauvres tenter leur chance outremer ont laissé place aux périlleuses embarcations qui traversent la Méditerranée parce que d’autres jeunes cherchent à leur tour les moyens de vivre. Car c’est maintenant la Botte qui fait figure d’Eldorado pour des étrangers originaires des Balkans, du Moyen-Orient, d’Afrique ou d’ailleurs. À l’heure où l’Italie, après la France, est devenue à son tour terre d’accueil – et souvent d’ostracisme –, se souvenir du parcours des migrants d’hier importe donc aussi pour le présent.

Laure TEULIERES

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ITALIENS 150 ans d’émigration en France et ailleurs
Collectif, sous la direction de Laure Teulières

550 pages
Parution : 05/2011
Editeur : Editalie éditions
Langue : français
Prix : 35,00 euros+ 5€ de frais de port
Pour commander l’ouvrage par internet, cliquez ICI

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Altritaliani vous recommande aussi :

CD - ITALIENS 150 ANS d’émigration chantée
Gualtiero Bertelli et La Compagnia delle Acque

Nos émigrants et leurs chants, leur musique : inséparables ! Les émigrants italiens, partis entre le XIXe et le XXe siècle par centaines de milliers vers les destinations les plus lointaines et les plus diverses, ont emporté avec eux peu de bagages, beaucoup de peurs, de grands espoirs et des chants, de nombreux chants de leur terre, qu’ils ont jalousement conservés pendant des décennies. C’est dans le cadre de ce travail sur la mémoire que se situe la production de ce CD de chants italiens d’émigration. ITALIENS, 150 ans d’émigration chantée voit le jour parce que cette mémoire est fragile, parce qu’elle pourrait disparaître avec ceux qui en sont les dépositaires, parce que la vie des immigrés italiens du XXe siècle nous parle de celle des migrants d’aujourd’hui.

EDITALIE éditions
15 € + 2 € de frais de port
Pour commander le CD cliquer ICI


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