Altritaliani
Jusqu’au 31 janvier 2011

Exposition: Le Trésor des Médicis au musée Maillol, Paris

sabato 4 dicembre 2010 di Catherine Saigne Leblanc

Quelle saga ! Ambition, quête du pouvoir, de la richesse, brutalité, insolence, intrigue, envie, tout est là ! Hormis Julien, duc de Nemours, être sensible et mélancolique, qui nous est connu à travers le très beau portrait sculpté par Michel-Ange qui domine son tombeau dans la Nouvelle Sacristie de San Lorenzo, aucun de ces personnages ne nous est franchement sympathique.

MICHEL-ANGE, tombeau de Julien de Médicis
Cappelle Medicee, San Lorenzo, Florence 1520-1534

Il suffit pour s’en convaincre de relever les qualificatifs qu’on leur prêtait, le Fat, le Goutteux, le Maure… Le plus flatteur ? «Le Magnifique» bien sûr ! Mais qu’avait donc Laurent pour mériter ce surnom ? Pas la beauté, si l’on en croit les nombreux portraits peints, sculptés ou les médailles à son effigie. C’est parce qu’il a voulu associer étroitement pouvoir et art qu’il est devenu aux yeux de tous «Il Magnifico». Etre complexe qui mata avec une terrible violence la conjuration des Pazzi et composait de splendides poèmes présentés au sein de l’exposition. Mais qu’appelle-t-on magnificence ? C’est favoriser les arts, mais aussi la poésie, la philosophie et les sciences, la connaissance en un mot, pour donner un éclat particulier à l’Etat qu’on gouverne.

Qu’ils aient été patriciens de Florence, ducs ou princes, qu’ils aient revêtu la pourpre cardinalice, la tiare pontificale ou la couronne de France, tous les Médicis, sans exception, ont toujours eu le souci de repérer des artistes prometteurs, de créer des cercles philosophiques, d’accorder leur protection à d’éminents savants, d’encourager les avant-gardes. Et pour que tous les Florentins soient associés à cette soif de connaissance, Côme l’Ancien ouvrit la première bibliothèque publique d’Europe, commandée au génial Michelozzo, son protégé, et logée au couvent San Marco.

Curieux, dans le sens le plus noble du terme, ils n’auront de cesse de se faire aménager par les meilleurs architectes, studioli, cabinets et tribunes pour se constituer des microcosmes de l’univers dont ils seraient les seuls maîtres, en accumulant objets étranges, concrétions monstrueuses, cristaux ou coraux hors norme issus de la nature ou instruments scientifiques issus de l’ingéniosité de l’homme.

ATTRIBUE A STEFANO BUONSIGNORI
Horloge solaire polyédrique
Photo : Archivio fotografico Museo Galileo, Florence

Ce qui est particulièrement touchant dans cette exposition qui présente quelque 150 œuvres provenant des collections accumulées sur 300 ans par les Médicis, c’est qu’il s’agit d’objets que leur sagacité a permis de sélectionner, que leurs yeux ont contemplés, que leurs mains ont touchés.

Leur collection nous révèle le souci constant qui les animait de promouvoir des artistes d’avant-garde comme ceux qui avaient adopté parmi les premiers la perspective géométrique. C’est Fra Angelico qui fut retenu par Côme l’Ancien pour exécuter le retable de l’église du Couvent San Marco dont un panneau de prédelle figurant l’inhumation des saints patrons de la dynastie, Côme et Damien, est présent dans l’exposition.

FRA ANGELICO
Sépulture des Saints Côme et Damien, et de leurs trois frères, vers 1438-1440
Florence, Museo di San Marco (prédelle)
Photo: Archivio Fotografico della Soprintendenza per il Polo Museale Fiorentino

Et c’est Sandro Botticelli qui, dans une explosion chromatique audacieuse, mettra en scène son protecteur, Laurent le Magnifique, mais aussi son père, Pierre le Goutteux et son grand père Côme l’Ancien, en mages, prosternés devant l’Enfant Jésus. Cette Adoration des Mages, chef-d’œuvre du Musée des Offices, avec sa composition pyramidale, juxtapose pauvreté et richesse, humilité et arrogance. A bien observer la scène, il s’agit plus d’une galerie de portraits des Médicis et de leur entourage que d’un tableau exclusivement religieux. Marsile Ficin, Politien, Pic de la Mirandole, poètes et philosophes qui fréquentaient l’Académie néoplatonicienne de la Villa Careggi fondée sous le patronage de Laurent y figurent aussi. Enfin Botticelli, en familier de la Villa Careggi, s’est auto-portraituré à l’extrême droite, enveloppé dans un grand manteau jaune d’or.

SANDRO BOTTICELLI
Adoration des Mages, 1475-1476
Florence, Galleria degli Uffizi
Photo : Archivio fotografico della soprintendenza di Firenze

Le mécénat est une chose, mais inscrire son règne dans l’Histoire en est une autre. C’est ainsi que le Grand Duc Côme Ier, conscient de rétablir, en terre toscane, le royaume d’Etrurie, enverra dans tout le pays des ambassadeurs à la recherche de sculptures antiques. Giorgio Vasari lui rapporta l’Orateur étrusque, sculpture en bronze, trouvée dans un champ de vignes et datant du 1er siècle avant JC.

«L’Orateur»
Bronze, Fin du IIe – début du Ier siècle avant J.-C.
Florence, Museo Archeologico
Photo: © 2010. Photo Scala, Florence

Son épouse, Eléonore de Tolède, la fille de Don Pedro, vice-roi de Naples, et leurs onze enfants furent portraiturés par l’artiste le plus zélé de la Cour, Bronzino, qui nous laissa une image lisse et glacée de cette très jolie femme qui «avait un maintien noble et sévère, une voix douce et chantante, un visage ouvert, un air angélique et toutes les beautés que l’on trouve chez les femmes les plus célèbres». Mais trop froide, Eléonore fut mal aimée des Florentins, et la jeune femme au tempérament mélancolique mourut à 40 ans, de tuberculose, quelques jours à peine après avoir perdu, du même mal, deux de ses enfants.

AGNOLO BRONZINO
Portait d’Eléonore de Tolède, 1543
Prague, Narodni Galerie v Praze

Tout intéresse les Médicis, rien ne leur échappe. Ainsi François Ier qui succède à son père Côme Ier étudiera-t-il le moyen de fabriquer de l’or! Des scènes d’alchimie figurent dans le studiolo qu’il s’est fait aménager au Palazzio Vecchio, où il se réfugiait, solitaire, fuyant fastes et mondanités qui se déroulaient juste à côté, dans la salle des 500. S’il n’a pas trouvé le moyen de fabriquer de l’or, toujours est-il qu’il développa sa passion pour la porcelaine, les cristaux, les pierres dures dont la technique du “comesso” devint indissociable du nom de Florence.
Un cabinet de curiosités, au sein de l’exposition évoque ce goût du précieux et de l’étrange et l’on voit ainsi des plateaux de tables devenir paysage, composition florale ou oiseaux exotiques grâce à l’habilité des artistes de l’Opificio delle Pietre Dure.

Tout intéresse les Médicis, même l’inaccessible… «L’inaccessible étoile» comme le chanta Jacques Brel ? Non, rien, rien assurément, n’est inaccessible à la constellation Médicis. Considérant que le métier de banquier était indigne d’un prince, Côme II fit fermer toutes les banques des Médicis mais ouvrit ses bras à Galilée persécuté à Padoue par l’Inquisition. Il lui offrit une chaire à l’Université de Florence et les moyens de poursuivre ses recherches. Lorsque la lunette du grand astronome, dont on voit une copie dans l’exposition, repéra les quatre lunes de Jupiter, il les baptisa «les astres médicéens». Toute sa vie Galilée pourra compter sur le soutien indéfectible des Médicis et jusqu’à Jean-Gaston le dernier de la saga, à l’indolence légendaire, qui obtint la dépouille du savant et lui fit exécuter un tombeau dans l’église de Santa Crocce.

Ultime survivante de la lignée, la sœur de Jean-Gaston, Anne-Marie Louise, princesse Palatine - dont le bijou en forme de berceau, tout d’or, d’émaux, de perles, de diamants et de soie, offert par son mari à la nouvelle de sa maternité tant attendue, ne suffira pas à lui donner un héritier vivant – cède toutes les collections Médicis à la Ville de Florence, pour qu’elles restent «à la disposition de toutes les nations».

ORFEVRE HOLLANDAIS (Amsterdam)
Berceau, vers 1695
Florence, Palazzo Pitti, Museo degli Argenti
Photo: Archivio fotografico della soprintendenza di Firenze

Tel est le testament des Médicis, des hommes politiques certes avides de pouvoir et de richesses mais qui ne pouvaient dissocier leur destinée du développement des arts et des sciences. Et c’est finalement ce que l’Histoire retient d’eux et que nous offre à voir le Musée Maillol dans une scénographie aussi grandiose que spectaculaire.

Catherine Saigne- Leblanc

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Suggestions de lectures :

«Trésor des Médicis», Connaissance des Arts, hors-série 466 , septembre 2010
Maria Sframeli, «Les fastes des Médicis», Gallimard 2010
Maris Sframeli (dir), «Trésor des Médicis», catalogue de l’exposition, Skira/Flammarion, 2010

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Renseignements pratiques :

Trésor des Médicis
Du 29 septembre 2010 au 31 janvier 2011
Tous les jours de 10h30 à 19h sauf les 1er novembre, 25 décembre et 1er janvier
Informations : 01 42 22 59 58
Tarifs : 11€, réduit : 9 € - Gratuit pour les moins de 11 ans

Musée Maillol
59-61, rue de Grenelle
75007 Paris
Métro Rue du Bac (ligne 12)
Site du musée : www.museemaillol.com

Catherine Saigne Leblanc est historienne de l’Art et conférencière nationale. Aimant partager ses découvertes et plaisirs artistiques, elle organise des conférences et des visites guidées dans les musées ou quartiers de Paris. Vous pouvez la contacter par l’intermédiaire de la rédaction d’Altritaliani.


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