Altritaliani
Théâtre

Le Pulle. L’enfer d’Emma Dante

Le coup de coeur de Marie Sorel
giovedì 26 marzo 2009 di Marie Sorel

Le Pulle, opérette amorale, écriture et mise en scène d’ Emma Dante, musique originale Gianluca Porcu. Au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 11 avril, à 20h30.

Scandés par des voiles sanglantes qui s’abattent tels des couperets, se succèdent les épisodes de la vie des PULLE, prisonnières de leur bordel, victimes malgré elles des conventions d’une société qui les rejette. Des spasmes de l’acte d’amour qui ouvrent le bal à la danse de mort finale, ces pantins désarticulés s’agitent au rythme d’une musique hypnotique et s’inventent un paradis à «deux balles» pour sortir de leur enfer quotidien.

Entre deux crises d’hystérie (hilarante scène de maquillage, insoutenable scène de «bâfrerie»), la bouffonnerie fait place à des moments d’émotion intense (sacrifice de l’enfant par la mère, aveu au père).

Mesquinerie, pauvreté, misère intellectuelle, viol, inceste, rejet de l’homosexualité : l’opérette amorale d’Emma DANTE joue avec ces thèmes immémoriaux et s’attaque au conservatisme sans pudeur ni retenue, et, au passage, la piété en prend pour son grade!

Affronter les tabous et la réalité des bas-fonds palermitains semble encore rebuter quelques vieux coincés et jeunes bigots qui préfèrent quitter la salle plutôt que se frotter à ces images d’une société universellement peu reluisante!

Ces marginaux (un transsexuel, quatre travestis), putes pleines d’espoir encore, nourrissent en secret des rêves de midinette, attisés par trois fées acrobates. L’amour reste la seule échappatoire à cet univers asphyxiant («il m’attend»), le mariage, l’ultime rédemption possible. D’une convention l’autre, la boucle est bouclée.

L’interprétation très «physique» des acteurs donne au spectacle une vigueur et une vérité exceptionnelles. Leur corps est sollicité au delà du raisonnable (mot absent du vocabulaire d’Emma DANTE). Masqués au début, maquillés, démaquillés puis pratiquement nus pour arriver à l’essence de l’humain, à l’aspect le plus privé de leur personnalité, ils n’improvisent pourtant pas malgré l’impression de profonde liberté dégagée par la folie du simulacre de la féminité qui se déroule sur scène. Godemichés et crucifix aliés dans un ballet burlesque : les codes explosent mêlant mime, danse et arts plastiques. Toute honte et tous préjugés abandonnés le spectacle se gagne peu à peu. Magnifique Carmine MARINGOLA dans le rôle de Stellita, promise dont le sourire béat se transforme petit à petit en rictus de mort : "Les gens ne sont pas prêts, ils cancanent mais plus tard ils verront qu’il n’y a pas de mal".

Rouge le tapis qui mène à l’autel. Ni paradis ni purgatoire pour les PULLE. Les rêves ne sont que des rêves et lorsque les fées se sont éloignées avec la nuit, la dure réalité reprend ses droits.

MARIE SOREL


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