Altritaliani
Jusqu’au 18 décembre 2010

Au Musée Rétif de Vence : 1960-2010, Cinquante ans de l’École de Nice

mercoledì 1 settembre 2010 di Caroline Boudet-Lefort

Loin de l’académisme des mouvements existants à la fin des années 50, une «École» a surgi, bouleversant l’art en France et dans le monde : l’ École de Nice . Dès lors, place à l’audace, aux libres fantasmes, aux sensations !
Jusqu’au 18 décembre, le Musée Rétif de Vence rend hommage aux élans contestataires des artistes qui ont constitué l’identité de ce mouvement. Nombre d’entre eux sont d’origine italienne, comme le sont d’ailleurs la plupart des Niçois. Alexandre de la Salle, “parrain” de l’École de Nice ou du moins son fédérateur, est le commissaire de cette exposition.

Les murs bleu nuit du vaste espace de ce récent musée mettent en valeur les œuvres, fort bien éclairées, et les plongent dans une ambiance feutrée. Tout est prêt pour la récréation - ou plutôt la re-création - dans l’imaginaire des potaches !

S’il existe bel et bien une École de Nice, a-t-elle vraiment été une école ? C’était plutôt une école buissonnière, amusée et amusante, chacun y faisait ce qu’il avait envie de faire. Rien, si telle était son idée ; il suffisait d’habiter la Région de Nice, la ville faisant le lien entre cité et arrière-pays. C’est en effet à Vence, dans la galerie d’Alexandre de la Salle, que tout a commencé voilà cinquante ans. Quelques jeunes ont osé résister à la domination parisienne et ont donné naissance à cette «École» dont les membres, peintres et sculpteurs, seront reconnus dans toute l’Europe - en Italie surtout -, et même aux Etats-Unis et au Japon. C’est le seul mouvement d’Art contemporain qui se soit développé en France.

Englobant la ville, les quarante kilomètres de Côte d’Azur et l’arrière-pays, Nice a vu séjourner les plus célèbres artistes de la modernité : Picasso, Matisse, Chagall, Léger, Bonnard, Staël… Sans y laisser de disciples.

Dans cette ville amorphe à la fin des années 50 se forme un groupe de jeunes plasticiens de la seconde moitié du siècle : Yves Klein, Arman, Martial Raysse, «les locomotives niçoises», auxquels s’ajoute le Marseillais César. Ils inventent le Nouveau Réalisme, une forme d’art en opposition au conformisme environnant, et sont fédérés par le critique d’art Pierre Restany à la Galerie Apollinaire (de Guido Le Noci) à Milan. Les monochromes d’Yves Klein, les poubelles d’Arman, les néons de Martial Raysse, les compressions de César sont dès lors présents dans toutes les grandes places artistiques, Milan, New York, Amsterdam, Düsseldorf…

A côté de ces Nouveaux Réalistes se tient, sans s’y confondre, Ben (qui représentera en France la tendance «Fluxus», mouvement parallèle à l’Ecole de Nice), insolent, subversif et plein d’humour, ainsi que Alocco, Serge III et quelques autres.

Dans la foulée apparaissent des jeunes gens qui vont, en se diversifiant, occuper à leur suite une place évidente. Venet, le seul conceptuel français, Malaval dont «l’aliment blanc» parodie les cancers de nos civilisations, Gilli, Chubac, Farhi aux colonnes translucides, Pierre Pinoncelli, Serge III, Sosno… Tous engagés dans des formes d’une vraie modernité, tous très soucieux des matériaux nouveaux qu’offrait l’industrie : fer, plexiglas, verre, peinture industrielle… Malgré des rencontres fréquentes et de grandes discussions, chacun reste fidèle à son expression.

César comprime, Arman prône un Nouveau Réalisme et accumule toutes sortes d’objets (baigneurs en celluloïd, brocs, voitures enchâssées en une tour monumentale), quand il n’éventre pas, n’éclate pas les instruments de musique dont il ordonne le cataclysme.Ce sont ses «colères» contre la société de consommation.

Jean Mas discourt avec un humour pince-sans-rire de ses cages à mouches, Vernassa jette un pavé dans la mare de plexiglas, son matériau d’élection, Taride se joue du narcissisme à coups de hache dans des miroirs malmenés… Marilyn Monroe est encore l’objet d’interprétations subversives, ici par Nivèse, Serge III et Pinoncelli qui affirme à son propos que « Dieu préfère les blondes ». Mais, bien sûr, «tout est art», comme le clame Ben depuis 1957, dont l’œuvre la plus achevée est peut-être lui-même, jamais en peine de provocations et de phrases lapidaires qui donnent à penser.

Claude Gilli a conçu pour l’exposition une affiche représentant un jaillissement, une irruption volcanique, ou peut-être un arbre où chaque nom est inscrit dans un fruit, une pomme qui n’est pas celle de la discorde. Car, malgré quelques petites irritations ou rivalités, l’entente était chaleureuse et conviviale, au cours de rencontres de bistrots où ils trinquaient à la modernité et au rejet des tabous du passé. Ils refusaient de s’enfermer dans les redites et s’ouvraient sur l’invention. La vertu des rapprochements inattendus de ces grands enfants, ivres de vitalité et d’impertinence, était de rendre possible la liberté d’esprit en dehors de toute figuration et de toute abstraction. Ils travaillaient avec l’objet, le réel était inclus directement dans l’œuvre.
Certaines créations s’imposent avec force. Ce qui parfois pourrait paraître décoratif ou répétitif n’est qu’un processus d’humour féroce sur notre société de consommation frénétique.

Objet de sentiments contradictoires depuis toujours, l’Ecole de Nice devrait être louée, car elle a poursuivi le refus du conformisme et la recherche de l’invention. Mais elle n’aura ni relève ni prolongement. Elle est maintenant un «fait historique» grâce à cette exposition qui propose un survol récapitulatif pour dire ce que cela «fut». Et en décembre 2010, elle sera clôturée par un événement collectif (une performance de Pierre Pinoncelli et d’autres), comme les Nouveaux Réalistes l’ont fait à Milan en 1970. Tout mouvement doit naître, vivre et mourir un jour.

Cependant Ben a écrit : « L’Ecole de Nice n’est pas morte, elle renaîtra de mes cendres ».

Caroline Boudet-Lefort

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Catalogue d’exposition Série limitée lithographie/sérigraphie numérotées et signées « École de Nice 1960–2010 » d’après l’oeuvre originale de Claude Gilli.

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Musée Rétif

A quelques encablures du cœur de Vence et de Saint Paul, l’édifice élégant au design original allie des matériaux anciens et modernes (bois, cuivre, béton…) pour offrir un espace d’exposition de 900 m² cerné d’un jardin méditerranéen.

1670, Avenue Rhin et Danube / Route de Grasse 06140 VENCE Tel.00.33.(0)4.93.58.44.20. / Fax.00.33.(0)4.93.58.70.30.

Le Musée Rétif a été conçu pour accueillir le visiteur dans les meilleures conditions : accès handicapés, parking intérieur et extérieur, parking bus, espace d’exposition climatisé, espace boutique, point WiFi gratuit….

Le site du Musée

Tarifs Adultes 7€ - Etudiants & 12-18 ans 5€ - Enfants moins de 12 ans accompagnés gratuit. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à18h sans interruption.


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