Altritaliani
La polémique sur Freud relancée par Onfray vue d’Italie

Interview de Massimo Fagioli, le psychiatre de l’Analyse collective.

giovedì 20 maggio 2010 di Carlo Patrignani

Les débats suscités par la parution en France du livre du philosophe Michel Onfray sur Freud continuent à provoquer des réactions et à aller bon train chez nos voisins italiens. Pour satisfaire la demande et la curiosité de nos lecteurs de langue française, voici la traduction de l’interview du célèbre psychiatre italien réalisée par notre collaborateur Carlo Patrignani et déjà publiée sur ce site en version originale.

Le psychiatre Massimo Fagioli a réglé très tôt ses comptes avec Sigmund Freud et la psychanalyse. En 1970 déjà, après «l’ivresse révolutionnaire et autodestructive» de 68, par la publication de “Instinct de mort et connaissance”, il a défini les bases théoriques, les fondements, de la praxis de «cure, formation et recherche» qui, depuis 1975, est l’Analyse collective.

Après avoir été banni de la SPI, la Société italienne de Psychanalyse, en 1976, et avoir entre-temps publié “La Marionetta e il Burattino” et “Teoria della nascita e castrazione umana”, Fagioli assiste aujourd’hui à ce choc frontal, accompagné «d’insultes, colères et haines personnelles», qu’a provoqué en France la parution du livre “Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne” du philosophe post-anarchiste Michel Onfray. Fagioli se montre à la fois incrédule («cela pouvait être valable il y a 40 ans»), un tantinet amusé («mais Freud est un cadavre depuis 1939 !») et un brin curieux («pourquoi tout cela à l’aube de l’année 2010 et à gauche ?»).

Accusé par des philosophes, des intellectuels psychanalystes de ‘gauche’ (Elisabeth Roudinesco, Bernard-Henry Levy, Julia Kristeva, Alain de Mijolla…), Onfray, qui voit une possible refondation de la gauche dans le ‘socialisme utopique’ de Proudhon, a qualifié ses détracteurs de «momifiés de 68».
«C’est la pensée de Freud qui m’a toujours intéressé – précise Fagioli – mais je rappelle qu’en Italie elle arriva très tard – en 1968 - par rapport à la France ou aux Etats Unis ; avant Freud n’était guère connu. Pour ma part, je ne me suis jamais occupé de ses comportements, de sa vie privée : j’ai lu ses œuvres, puis j’ai approfondi toute cette histoire de la psychanalyse, mais très rapidement je me suis rendu compte que ce n’était qu’une arnaque, une pensée fausse, et que Freud n’avait découvert aucun inconscient. Il disait d’ailleurs lui-même que l’inconscient était inconnaissable par définition : alors s’il est inconnaissable, comment a-t-il pu affirmer l’avoir découvert ? De plus, Freud n’avait aucune idée précise de cure (comment envisager alors une guérison ?). C’est pourquoi je n’ai pas hésité à le qualifier d’imbécile.»

Le psychiatre se rappelle que le 12 mars 1978 le Corriere della Sera, l’un des plus importants quotidiens italiens, titrait : «Freud est un imbécile». «C’était l’époque où avaient déjà démarré les séminaires de l’Analyse collective, ouverts au public et toujours bondés», et Fagioli ajoute qu’ils poursuivent toujours bon train aujourd’hui sur des sujets fort différents comme «le communisme, le christianisme, le socialisme, le logos occidental».

Les insultes gratuites provenant de certains milieux politico-médiatique liés à la gauche qui s’étaient abattues sur M. Fagioli dans les premières années, font désormais partie de l’histoire de cette ‘recherche’ dont les fondements n’ont jamais été soumis à une quelconque critique.
«A la limite, je peux trouver quelques aspects intéressants chez le Freud fasciste ou chez le Freud qui entretient des relations avec le régime nazi – remarque Fagioli – mais après tout, si l’on y songe bien, il s’agit de faits notoires : Heidegger s’est enfoncé bien davantage dans le nazisme que Freud lui-même». Tout compte fait, nous sommes en présence d’un Freud «imbécile et stupide qui n’a découvert aucun inconscient, qui considérait ce dernier comme naturellement pervers, qui ne connaissait pas la pulsion d’annulation, la négation, le désir, qui a qualifié les rêves d’hallucinations, alors qu’il est connu que l’hallucination correspond à une absence d’images ; en revanche, les images surgissant dans le sommeil, quand il n’y a ni conscience, ni comportement, ni langage articulé, doivent être interprétées car elles sont des pensées». Tout cela se fonde «sur le souvenir conscient, sur les libres associations ; il n’y a rien qui soit latent», rajoute Fagioli. Dans les faits, cependant, cette fausse position a empêché et empêche tout genre de recherche sur la maladie mentale.

Freud n’a de cesse d’être encensé et défendu par une certaine ‘gauche’. Pourquoi?
«Voilà une recherche captivante : le communisme a ignoré et annulé l’inconscient ; le christianisme a fait et continue à faire de même – répond Fagioli ; par conséquent, soit l’inconscient n’existe pas, soit il coïncide avec le Mal, et alors l’identité humaine reposerait dans la Raison. Non, il n’en est rien. L’identité humaine n’est pas la Raison : il faut orienter la recherche vers ce qui n’affère pas au domaine de la Raison, vers l’irrationnel. C’est dans la sphère de l’irrationnel – conclut Fagioli – que s’insèrent les rapports homme-femme, la reconnaissance de ce qui est ‘différent de soi’, que, tant Freud que le communisme, tant ‘68 que le christianisme, en somme en un mot la culture dominante, ont exclu et cherchent encore à exclure.»

Carlo Patrignani

Traduit de l’italien par Francesca Sensini


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