Altritaliani
Rencontre au Théâtre 71 de Malakoff

Le "théâtre-récit", un genre théâtral très italien.

avec Olivier Favier et Jean-Pierre Han
giovedì 29 aprile 2010 di Lella Tonazzini

Traducteur littéraire et auteur, Olivier Favier est un spécialiste de la littérature italienne de la fin du XIXe siècle, de la poésie et du théâtre contemporain italien. Son dernier travail en tant que traducteur : La Brebis Galeuse d’Ascanio Celestini, paru en janvier 2010 aux Editions du Sonneur. Invité au Théâtre 71 par Jean-Pierre Han, rédacteur en chef des Lettres Françaises ainsi que de la revue Frictions, il donne son éclairage sur la notion de théâtre-récit. Zoom sur ce genre théâtral très italien qui fait son apparition en France.

Puisant dans la tradition théâtrale affabulatoire, dont Dario Fo est le maître incontesté, le théâtre-récit se situe au croisement du théâtre et de l’art de la narration. Fort de son ancrage dans la culture italienne, très liée à l’oralité, il fait son apparition à la fin des années 1980 avec des auteurs-acteurs tels que Marco Baliani, Marco Paolini et, pour la dernière génération, Ascanio Celestini, Marco Perrotta, Giulio Cavalli et Davide Enia, entre autres.
En bref : un comédien, généralement auteur de son texte, se présente sur scène, muni de très peu d’accessoires – une chaise, un tableau – puis commence à raconter. Raconter quoi ? Des histoires. Ou, mieux, l’Histoire, sous forme de bribes, d’épisodes, de faits qui ont marqué un pays entier.

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Voilà la tragédie de l’avion civil abattu à Ustica, en 1980, devenir matière vivante, durant les deux heures trente du monologue de Marco Paolini que l’on peut définir comme un chant, une tragédie et un conte à la fois. Ou bien la vie des Italiens émigrés en Suisse et en Belgique dans l’après-guerre illustrée dans Italiani Cincali de Mario Perrotta. L’un des plus célèbres, Radio Clandestina d’Ascanio Celestini, créé à Béziers en février et prochainement repris dans une mise en scène de Dag Jeanneret, relate la tragédie des Fosses Ardéatines, où 335 personnes périrent de la main des nazis, en 1944.

Raconter l’histoire pour lutter contre l’oubli. Pour prolonger, chez le spectateur, les paroles de l’acteur. On retrouve, dans cet art, comme chez les chroniqueurs du Moyen Age, la volonté de se distancier de la matière dite, dont l’acteur se fait porte-parole.

C’est ce que théorisait Walter Benjamin dans son essai L’art du conteur chez Leskov, consacré à l’écrivain russe, et que l’on pourrait qualifier ici de (nouvelle ?) forme épique. Ce qui n’empêche pas l’émotion de surgir, dans une sorte de catharsis collective assez puissante. Cette fusion d’épique et de tragique se fait évidente dans I Tigi de Marco Paolini, où un chœur inspiré de la tragédie grecque double le récit. Appelé communément «teatro civile» à cause de sa valeur éducative, au sens où Pasolini l’entendait, cette forme d’art a pour vocation de s’adresser à tout le monde, d’où l’immédiateté de sa réception.

Comment a lieu cette alchimie ? Peut-on expliquer par quelles voies le mystère d’une présence parvient à toucher des millions de personnes ? Rappelons que Il Racconto del Vajont, du même auteur, transmis par Rai Due en 1997, a été suivi par trois millions et demi de spectateurs…
Olivier Favier insiste, à juste titre, sur la capacité de ces acteurs à capturer l’attention des heures durant. C’est là que, en l’absence du corps «traditionnel» du comédien – qui bouge, qui est un personnage – se révèle l’extraordinaire présence du conteur. Il lui faudra en effet mobiliser tous ses moyens, physiques, vocaux, pour évoquer, non seulement plusieurs voix, mais même les lieux de l’action, parfois par des gestes. La maîtrise du rythme de la narration, tirée d’un texte généralement très dense, où chaque phrase est essentielle, se double d’un jeu constant avec le public.
Ce dernier est le point de repère constant du conteur, qui n’hésite pas à regarder droit dans les yeux ses spectateurs. Si le regard et la voix sont bien là pour réveiller les esprits, le corps n’est pas en reste. Malgré les différences entre un Ascanio Celestini et un Marco Perrotta, plus «physique», le conteur, passeur d’histoires, gardien d’une parole qui le traverse, fait de son corps le réceptacle sensible des personnages auxquels il donne sa voix. Est-ce dans cet engagement extrême que réside l’alchimie du théâtre-récit à une époque où la quête d’une parole signifiante se fait pressante ?

Lella Tonazzini

À lire pour en savoir plus : Olivier Favier, Frictions :

n°12 hiver-printemps 2008. Quelques notes sur le théâtre-récit et petit dictionnaire biographique.
n°13 automne-hiver 2008. Raconter comme en rêve : le théâtre-récit à l’épreuve de la traduction.
n°15 hiver 2009. Ascanio Celestini ou le politique.
n°16 printemps 2010. Marco Baliani ou le Risque.
Chaque dossier est suivi d’une anthologie à laquelle ont collaboré : Hervé Guerrisi, Juliette Gheerbrant et Amandine Mélan.


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