Les grands-parents italiens champions baby-sitters

Selon une étude, les retraités qui gardent leurs petits-enfants apportent une contribution gratuite équivalente à 1,2% du produit intérieur brut italien et jouent « un rôle social sans égal » en Europe.

A l’ombre du Panthéon, à Rome, devant l’école «Gianturco», Giuseppina, Concetta, Filomena, Vincenzo et Carlo ont entamé une discussion très animée en attendant la sortie des bimbi – un à deux petits-enfants pour chacun de ces grands-parents baby-sitters.

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Giuseppina vient de résumer au reste du groupe le récit que lui a fait, par téléphone, sa sœur, retraitée palermitaine : «À Palerme, les 24 crèches communales ont modifié les menus pour des raisons de budget, les enfants ne mangeront des pâtes plus que deux fois par semaine. En échange : des patates et plus de pain !»

Giuseppina estime qu’il faut soutenir les mères et grands-mères de Palerme qui brandissent chaque midi devant la crèche Peter Pan, des pancartes sur lesquelles on peut lire : «Des pâtes tous les jours pour nos enfants !» Filomena n’est pas d’accord. «Avec la crise, il faut s’adapter.» Carlo s’en prend au gouvernement : «Il trouve des sous pour nourrir les Grecs et pas les enfants de notre pays !» Vincenzo partage l’avis de Giuseppina.

Les entrées des écoles sont peuplés de têtes grises

«La pasta c’est notre plat quotidien !», Concetta reçoit des compliments de tout le groupe, «Brava ! Brava !», quand elle lance, haut et fort en guise de conclusion : «Heureusement que nous sommes là, ces pauvres créatures ont besoin de bien manger pour grandir.» Et Concetta de décliner le menu de midi pour son petit-fils Matteo, 5 ans. «Des lasagnes», préparées par nonno Arduino, son mari, retraité comme elle, «de la salade et des fraises».

À Rome, comme partout ailleurs dans la péninsule, les entrées des écoles et des crèches sont peuplées de têtes aux cheveux gris ou blancs, de visages aux traits ridés, souvent très souriants. Des grands-mères et grands-pères qui jouent un rôle toujours plus important dans la prise en charge et l’éducation de leurs petits-enfants.

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©ANSA

«Depuis 1995, on évalue à 64 %, soit près de 4 millions, le nombre des mineurs en Italie qui vivent la plus grande partie de leur enfance avec les nonni (grands-parents)», affirme Gian Ettore Gassani, membre de l’Ami, association d’avocats spécialisés dans le droit familial.
Un rôle social important.

Une étude de l’institut de recherche économique (Ires) et du syndicat CGIL (l’équivalent italien de la CFDT) qui vient d’être rendue publique rapporte que, sur une population de 23 millions de retraités, près de 5 millions des plus de 55 ans donnent «systématiquement» un coup de main pour la garde et l’éducation des enfants, ou se consacrent au soutien de personnes dépendantes de leur famille.

En outre, très peu de grands-parents déclarent ne «jamais» s’occuper de leurs petits enfants, selon l’étude Ires-CGIL. Ils seraient moins de un sur sept, alors que six grands-parents sur sept déclarent aider de façon plus ou moins régulière leurs enfants à garder leurs petits-enfants.

La valeur économique du travail non rémunéré des grands-parents est estimée à 18,3 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1,2 % du produit intérieur brut (PIB) italien. Dans cette somme, 13,8 milliards d’euros viennent de la seule activité de baby-sitting des retraités.

«Leur rôle social est sans égal en Europe», souligne Carla Cantone, responsable de la branche retraités du syndicat CGIL. «Ils se substituent aux crèches, aux écoles maternelles, surtout dans le Mezzogiorno, ils pallient les carences des services qui devraient être gérés et financés par le Fonds national pour la non-autosuffisance, ils soutiennent aussi financièrement leurs enfants.»
Un pilier social indispensable

Carla Cantone ajoute que «les grands-parents retraités donnent la possibilité à plus de 800 000 femmes italiennes de travailler». En outre, leur contribution financière à leur famille est importante. Selon les chiffres de l’Istat, l’institut national de statistiques, même les retraités aux ressources les plus modestes, ceux qui disposent d’environ 600 € par mois (six millions d’entre eux), consacrent au moins 9 % de leur pension à leurs petits-enfants.

Dans ce pays qui compte 141 habitants de plus de 65 ans pour 100 habitants de moins de 15 ans, et qui affiche un des taux de natalité parmi les plus bas (avec une descendance finale de 1,35 enfant par femme), les grands-parents représentent de fait un pilier social indispensable, compte tenu de l’absence chronique de politiques familiales. Un vrai paradoxe en Italie où, symboliquement, l’enfant est toujours roi.

Anne LE NIR, à Rome

Paru dans La Croix du vendredi 23 avril 2010

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