Altritaliani

Expo Photo «Italianité». Entretien avec Massimo Baldini.

Vernissage mercredi 18 octobre de 18h à 20h
lunedì 16 ottobre 2017 di Valérie Lacroix

Du 18 octobre au 3 novembre 2017 la Maison de l’Italie à la Cité Internationale Universitaire de Paris vous invite à découvrir le projet photographique de Massimo Baldini qui a pour titre «Italianité». Pourquoi ce thème a-t-il intéressé l’artiste, comment l’a-t-il pensé, abordé et traité? Entretien avec Massimo Baldini realisé par Valérie Lacroix.

Réduire l’Italianité à une image est impossible. Elle nous file entre les doigts, elle ne se contente pas facilement d’une pizza ou d’un plat de pâtes. Alors il faut travailler subtilement. Il faut travailler de biais et capturer ce que de l’Italie semble émerger, comme une ruine archéologique, des débris du quotidien. C’est ce que font les images: elles opèrent par coupures, renvois, suggestions qui font allusion, convoquent des souvenirs, proposent, sans jamais fermer le cercle de l’Italianité.
(Roberta Sassatelli).

Massimo Baldini, vous êtes sur le point de présenter vos photos à Paris sous le titre «Italianité». Pouvez-vous nous raconter votre parcours artistique? Qu’est-ce qui vous a poussé à approfondir la thématique de l’italianité?

Le choix a été à la fois le fruit du hasard et de l’inévitable. Hasard, car je n’ai pas commencé à travailler dans cette direction de manière programmatique, mais seulement après que le sujet m’a été proposé: à ce moment là j’ai découvert que le thème était déjà présent dans de nombreuses photos que j’avais déjà faites au sein de différents projets. Inévitable, car l’endroit où nous sommes nés et avons grandi fait partie intégrante de nous: de là nous voulons nous enfuir pour connaître le monde, mais pour mieux y revenir, tel Ulysse. L’«esprit» de ce lieu est en nous, indestructible. Je me suis posé la question: de quoi est fait cet esprit dans le cas de l’Italie? Peut-on le représenter?

Un mot sur le choix du noir et blanc et du matériel que vous utilisez pour représenter cet esprit du lieu?

Pour moi le noir et blanc est moins descriptif et plus interprétatif. Il me permet une abstraction plus grande, une plus grande distance du contingent. Je travaille toujours en digital, avec des appareils photos différents selon les situations, mais sans jamais utiliser le grand format et des appareillages encombrants. Ma méthode et mes instruments sont fondamentalement ceux de la street photography.

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Palermo, Galleria d’Arte Moderna, 2015

Dans «La chambre claire», Roland Barthes, utilisant les termes latins de «punctum» et de «studium», nous fournit une intéressante clef de lecture des images. «Studium» dans le sens d’intérêt général, goût intellectuel pour un thème, mais sans affect marqué. Le «punctum» venant scander le «studium». Par un détail qui part de la photographie pour venir nous piquer. Comme une flèche qui partirait de l’image pour venir à nous. Vos photos jouent beaucoup sur ces deux plans, utilisant une sorte de réserve inconsciente sur l’Italie, partagée dans le monde entier, mais avec un détail, une ironie sous-jacente, une inquiétante étrangeté qui perturbe le regard et remet en jeu nos certitudes, donnant alors à la photo une consistance nouvelle. Vous pouvez nous parler du choix qui est le vôtre dans la composition des photos?

Le couple «studium» / «punctum» est l’une des manières pour exprimer l’idée que dans une photo significative il est toujours besoin d’une tension interne. Walker Evans, de son côté, a parlé de «style documentaire»; la pure documentation ne suffit pas, il faut un élément stylistique, Evans parle même à ce sujet de «transcendental». Vu ma formation de sociologue je pense être attentif à la dimension socioculturelle, dans le cas particulier des coutumes, des conditions et du style de vie des Italiens. Mais je sens que dans une photo il doit y avoir «quelque chose de plus». Quoi exactement je ne sais pas. On peut lire tout ce qui a été écrit sur la photographie et l’on trouvera mille réponses, aucune exhaustive. Et c’est bien ainsi, parce qu’au fond des images reste toujours un résidu que les mots ne savent pas dire.

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Venezia, Palazzo Contarini del Bovolo, 2014

L’«italianité» est une thématique très présente dans le monde du visuel, autant dans la mythologie du cinéma américain (chez Scorsese par exemple) et italien (chez Scola ou Moretti), que dans la presse ou dans les revues qui l’utilisent comme un marronnier. Une exposition se tient actuellement et jusqu’au 22 octobre au Bon Marché à Paris «La Famiglia Rive Gauche»; elle présente un condensé d’italianité, de la nourriture à la mode en passant par la décoration… Vous êtes conscient de cette mythologie? Comment cohabitez-vous avec elle quand vous photographiez?

Les mythologies, surtout visuelles, sont extraordinairement puissantes. Peut-être trop; elles créent des images paradigmatiques, comme les mafieux Italo-Américains chez Scorsese ou les intellectuels angoissés chez Nanni Moretti, qui à la fin deviennent des stéréotypes. À ce moment là, on a besoin d’anticorps, que j’ai essayé de disséminer dans mes photos. En outre, un photographe doit travailler hors des mythologies, à la recherche de nouvelles «découvertes visuelles».

Vos photos, justement, représentent une Italie non pas tant solaire et festive que souvent dans son versant douloureux, on y croise une humanité en souffrance, pensive, ou des lieux où affleure une certaine mélancolie. Qu’est-ce qui motive un tel choix?

Ce que j’ai dit tout à l’heure: l’intention de combattre l’idée de l’Italie comme pays de soleil, de la mer, des pâtes, de la pizza, de la mode, de la dolce vita et ainsi de suite. Ce sont des stéréotypes répétés des milliers de fois, mais si l’on demandait à quelqu’un - et même à des gens hors du commun comme les grandes figures du cinéma, de la musique, et du sport - quelle image ils ont de l’Italie, presque à tous les coups ils répéteront pour la énième fois ces mêmes stéréotypes. L’Italie d’aujourd’hui est une réalité très complexe et stratifiée, qu’il est impossible d’épuiser dans une exposition. J’ai néammoins cherché à créer, dans les 50 photos que je propose, un sentiment d’«italianité» plus inquiet et nuancé par rapport à ce que l’on voit habituellement.

Vous pensez que le public français recevra votre exposition différemment du public italien?

C’est toujours problématique de se voir en photographie. La réaction instinctive est: Je ne me vois pas ainsi, est-ce vraiment moi? Les photos révélatrices provoquent une sorte de choc. C’est pour cette raison que la première édition de «The Americans», de Robert Franck, un livre sur l’«américanité», n’est pas parue aux Etats- Unis, où il a suscité des réactions vives, mais à Paris. Le fait que mon exposition ait lieu en avant première dans la même ville, 60 ans après, a pour moi un charme certain, mais j’espère qu’elle pourra circuler, et faire discuter, aussi en Italie.

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Ostia e Pasolini. Idroscalo, 2017

Sur votre site on peut voir d’autres photos remarquables, certaines justement de Paris. Qu’aimez- vous le plus capturer de cette ville?

Paris est probablement le lieu le plus photographié au monde et cela rend particulièrement difficile d’en proposer des images imprévisibles. Mais elle reste une ville très riche de stimulations et provocations ou, si l’on veut utiliser ce mot, riche d’«atmosphère» qui n’est plus celle d’Atget, et de Brassaï, ni celle dont parle avec sa voix grésillante Arletty dans «Hôtel du Nord», mais a encore une énergie irrésistible que l’on perçoit de multiples façons. De nombreux photographes ont essayé de représenter leur Paris: outre les Français, l’Américain William Klein, le Japonais Daido Moriyama, l’Anglais Martin Parr et l’Italien Mimmo Jodice, pour ne citer que ceux là. C’est un défi que je voudrais relever, mais bien sûr à ma manière.

Avez-vous d’autres projets artistiques après l’exposition à Paris?

Je continue à travailler sur le thème de l’italianité à différents niveaux: le culte de Padre Pio, les outlets, un «petit grand tour» des lieux de culture méconnus ou oubliés, desquels il y a quelques traces également dans l’exposition parisienne, et sur lesquels sortira un aperçu dans le prochain numéro de la revue «Frattura Scomposta». À un certain moment j’aimerais recueillir les portraits que j’ai fait au cours des ans. Et puis, évidemment, il y a les photos de «mon» Paris.

Valérie Lacroix

SITE DE MASSIMO BALDINI

ITALIANITÉ

MASSIMO BALDINI PHOTOGRAPHIES
18 OCT / 3 NOV 2017

VERNISSAGE

mercredi 18 Octobre
18h - 20h

Ouvert du lundi au vendredi
9h - 13h / 14h - 17h

MAISON DE L’ITALIE

Cité Internationale Universitaire de Paris
7 Boulevard Jourdan, 75014 Paris
RER B, Tramways T3a - Cité Universitaire

MASSIMO BALDINI

Né à Ancona en 1956, il est diplômé en Sociologie économique de la prestigieuse Université de Sciences politiques «Cesare Alfieri» à Florence. Après avoir enseigné à l’Université du Maryland, siège de Munich, il a travaillé durant 25 ans pour la maison d’édition Il Mulino de Bologne comme directeur de collection des sciences sociales. Il a acheté son premier appareil photo, un Asahi Pentax, à seize ans. Ses photos ont été publiées en couverture de la revue «Studi Culturali» (n. 3/2015) et du volume «Il paesaggio come storia» ( 2017).


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