Altritaliani
L’Odyssée italienne vers la France

L’éternelle « guerre des chiffres » du phénomène migratoire.

venerdì 28 aprile 2017 di Mirco Di Sandro

Dossier «L’Odyssée Italienne, Histoires et analyses de l’immigration italienne en France de 1860 à 1960 et au-delà». Contradictoires, exagérés, occultés ou sous-estimés, actuellement comme dans le passé, les chiffres et les statistiques du phénomène migratoire ont toujours fait débat. Les données sur l’immigration ont de nombreuses limites, mais elles peuvent aussi offrir d’importants éléments de réflexion et nous pousser à nous replonger dans l’histoire. C’est dans ce but que nous mettrons en lumière dans l’article qui suit, les logiques et les dessous de cette sempiternelle « guerre des chiffres ».

Sources : Maddalena Tirabbassi et Alvise del Prà (La meglio Italia. Le mobilità italiane nel XXI secolo, Academy University Press, 2014).

Article en version italienne

Une estimation difficile

Le phénomène migratoire a toujours été sujet à une véritable «guerre des chiffres». La transformation rapide de la société contemporaine est indéniablement à l’origine de nouveaux obstacles et d’interrogations, mais mesurer les processus migratoires a toujours constitué une opération extrêmement complexe. Les causes premières sont certainement liées à l’étendue du champ d’observation, au besoin d’une grande quantité de ressources, et aux contraintes “naturelles” se manifestant durant la phase d’évaluation et de suivi des flux. De par sa nature même, en effet, le phénomène migratoire s’étend sur des territoires distincts et distants, et est caractérisé par le vécu et par les expériences personnelles et culturelles du migrant. Il se heurte aussi à des temps et à des rythmes variables et se régule selon des normes nationales divergentes en matière d’accueil, d’intégration et de citoyenneté.

Se déplacer dans un monde globalisé

Les grandes mutations de ces dernières décennies - de la globalisation jusqu’à l’actuelle récession économique - ont de fait favorisé la prolifération des formes et des processus migratoires, rendant ainsi encore plus complexe la quantification du phénomène. De nouvelles expressions et caractéristiques de ce dernier se manifestent sur la scène européenne dès les années ‘70 et ‘80, lorsque les processus de globalisation inaugurent une nouvelle époque marquée par la «liberté de circulation» et sur la disparition formelle des frontières nationales. Mais c’est bien lors de ces années de récession que les processus migratoires s’imposent au cœur du débat public, dans un océan de chiffres et de statistiques qui semblent crier: «Urgence Migrants!». L’appauvrissement de la population, la transformation des systèmes politiques et économiques au niveau mondial et l’augmentation générale des inégalités sociales, confèrent aujourd’hui au phénomène migratoire, dans toutes ses manifestations, une nouvelle centralité.

Destinations, flux et nouvelles expériences migratoires

La prolifération de nouvelles expériences et conditions migratoires engendre de nouveaux obstacles et de nouveaux défis en matière de suivi et de mesure des flux. La difficulté à trouver des données fiables est évidemment accentuée par les transformations liées à la globalisation. La multiplicité des raisons du départ se conjugue à l’accroissement des moyens de transport - autobus, trains à grande vitesse, vols low cost etc.- qui rendent progressivement les déplacements plus faciles et plus fréquents. Aujourd’hui, comme par le passé, les seuls canaux valides pour le repérage d’informations sont ceux des enregistrements ou annulations à l’Etat civil, des registres de résidence et de domicile, des délivrances de permis de séjour et les données du marché du travail. Seule l’observation croisée de ces informations, intégrée à des enquêtes sur le terrain et à des approfondissements spécifiques, permettraient d’offrir des estimations bien plus précises du phénomène migratoire. Mais ce parcours est, à la source, semé d’embûches.

Un premier problème conséquent est celui de la comparabilité des données nationales. La variabilité des techniques et des mesures adoptées, offre en effet une base de donnée fortement hétérogène, qui rend difficile toute tentative comparative.

Actuellement, et surtout en ce qui concerne les migrations vers les pays appartenant à «l’espace Schengen», l’un des problèmes majeurs, sur lequel la littérature spécialisée se penche, est précisément lié à cette liberté de circulation. La suppression des frontières, de l’obligation de Visa et de permis de séjour participent à la sous-estimation des données, en altérant particulièrement l’estimation des flux migratoires à caractère transitoire, occasionnel et déterminé. Les études ont en effet toujours reconnu l’existence d’individus pour lesquels il est presque impossible de définir un lieu de séjour stable, car de fait ils se déplacent, en majeure partie pour leurs études ou le travail, de pays en pays: ce sont ce qu’on appelle les «migrations multiples» et «fluides».
Parallèlement à ces nouveaux flux, n’oublions pas les mouvements migratoires clandestins, qu’ils soient transitoires ou stables; ils ont toujours existé, discrets et invisibles. Ce sont des histoires de personnes qui fuient, en raison des guerres, massacres et expropriations variées, des histoires de privation, malaise et souffrance. Des histoires dont personne ne parle, et donc encore moins les statistiques!

Tout n’est pas perdu ?

Les chiffres des migrations sont depuis toujours un sujet de débat public, d’instrumentalisation politique et d’emphase médiatique mais ils offrent indéniablement un ordre de grandeur général pour l’interprétation du phénomène. Lire les données avec recul et attention signifie aller au-delà des simples chiffres, c’est-à-dire transformer les chiffres en phénomènes. En d’autre termes, la donnée reste un chiffre si elle n’est pas exploitée, disséquée et contextualisée, et en matière de migration, donc de vies humaines, il n’y a pas d’espace pour des spéculations superficielles.

Mirco Di Sandro
Doctorant en sociologie de la ville et du territoire
Université de La Sapienza, à Rome

Traduit de l’italien par Baptiste Le Goc


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