Altritaliani
Jusqu’au 19 janvier 2015. Musée Jacquemart-André.

Le Pérugin à Paris. Un peintre incontournable de la Renaissance italienne.

venerdì 14 novembre 2014 di Catherine Saigne Leblanc

A propos de la très belle exposition “Le Pérugin, maître de Raphaël”, au Musée Jacquemart-André à Paris:
Pérugin (vers 1450-1523) que l’on avait porté aux nues en le qualifiant de «divin peintre», Pérugin adulé, qui dirigeait deux ateliers, l’un à Florence, l’autre à Pérouse, cas unique à la Renaissance, Pérugin sollicité par tous les ordres religieux, y compris le pape, et par toutes les cours d’Italie et même au-delà, Pérugin ne fait plus l’unanimité dans les années 1500…

On est agacé par son succès, on le trouve démodé…. Michel Ange le traitera même de «gougnafier» lorsqu’il peindra son Jugement Dernier dans la Chapelle Sixtine, recouvrant sans vergogne certaines des fresques du Pérugin qui s’y trouvaient! Pérugin, le premier, ne comprend pas ce désamour: «Moi, dit-il, j’ai représenté les figures que vous aviez louées et qui vous plaisaient infiniment autrefois. A présent, si vous ne les louez plus, qu’y puis-je?»

Sa carrière fut peut-être trop longue…, il est mort en 1523, emporté par la peste, il avait environ 75 ans. Certes, le problème ne risquait pas de se poser pour Raphaël, mort avant son inspirateur, à l’âge de 37 ans!

Le principal reproche fait au Pérugin a été de tomber dans la répétition. Certes, Pérugin qui avait un sens aigu des affaires travaillait avec des assistants et il n’était pas rare, compte tenu du nombre important de commandes qu’il tenait à honorer, qu’il confie tout ou partie d’un travail à l’un d’entre eux, en le chargeant de reprendre un modèle déjà utilisé par lui… Vasari, jaloux sans doute de sa réussite, écrit dans ses Vite que «pour l’argent il était capable de tout!»

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Vierge à l’enfant, détail, vers 1496, tempera sur bois, Galleria nazionale dell’Umbria

La très belle exposition qui se tient jusqu’au 19 janvier 2015 au Musée Jacquemart André apporte un démenti à cette idée de répétition d’une formule qui a connu un grand succès en insistant sur les qualités d’innovation du Pérugin. Si le style «dolce» du maître est très bien représenté, en particulier dans une salle consacrée à ses Vierges à l’Enfant délicates et élégantes, placées sur des fonds de paysages divinement bien exécutés, on voit clairement se dessiner, au fil des salles du musée, une réelle évolution chez un artiste qui s’exprime selon des modes variés.

Au début de sa carrière, l’influence de Piero della Francesca se manifeste chez Le Pérugin par une certaine robustesse dans la figuration de ses personnages (fresque de Deruta) et une fascination pour la restitution de l’espace tridimensionnel comme dans les panneaux des miracles de Saint Bernardin.

En 1473, alors qu’il est dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio à Florence depuis un an, il participe à un grand décor, celui de l’Oratoire Saint Bernardin. On demande à Bartolomeo Caporali ou peut-être au Pérugin lui-même de proposer un projet pour l’ensemble de cette décoration. L’oratoire comportait une construction adoptant la forme d’un arc de triomphe, deux piliers encadrant une arche formant niche et destinée à abriter une statue en bois de saint Bernardin. Sur la face antérieure de l’arc, huit panneaux peints racontant l’histoire de Saint Bernardin de Sienne furent demandés à cinq ou six peintres différents. Le Pérugin en exécuta deux.

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Saint Bernardin soigne d’un ulcère la fille de Giovanni Antonio Petrazio da Rieti, tempera sur bois, Galerie nationale de l’Ombrie, Pérouse.

La fillette malade se trouve, vêtue de rouge, au centre du groupe de personnages. Saint Bernardin est agenouillé sur la droite, encadré de deux autres moines. Si la scène est digne d’intérêt, il faut bien avouer que notre regard passe au-dessus, comme s’il était aspiré par l’ouverture architecturale qui domine la scène et qui par un système de six plans successifs (quatre piliers, une colonne puis l’arche) le conduit vers l’un des premiers paysages ombriens réalisés par Le Pérugin, fruit de ses études d’après nature. Cette fascination pour la perspective lui vient vraisemblablement de Piero de la Francesca qui s’était passionné pour le sujet puisqu’il écrivit un traité sur le sujet «De prospectiva pingendi». Mais la grande maîtrise pour l’exécution de ce panneau a été acquise vraisemblablement dans l’atelier de Verrocchio où régnait une émulation sans pareil. On peut juste regretter que ce goût pour l’espace et le décor architecturé fasse passer au second plan la raison d’être du panneau, à savoir la description du miracle.

Alors que Pérugin n’est pas réputé pour ses portraits il a accompli un chef d’œuvre conservé au musée des Offices de Florence.

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Portrait de Francesco delle Opere, huile sur bois, vers 1490, Galleria degli Uffizi, Florence.

Ce portrait, fut longtemps attribué à Raphaël, puis considéré comme un autoportrait du Pérugin avant que l’on ne découvre au XIXe une inscription donnant l’identité du modèle: il s’agit d’un maître soyeux vénitien, célèbre pour ses tissus «ad opera», ouvragés.

Représenté de ¾ face, les mains reposant sur un parapet (procédé évoquant les portraits de Memling), il se tient bien droit et cette rigueur est renforcée par le message qu’on peut lire sur le rouleau qu’il tient dans sa main droite : «Timete Deum» («Craignez Dieu»). C’est par cette formule que le moine dominicain Savonarole débutait ses homélies à Florence à la même époque. Nul doute que Francesco delle Opere a été gagné aux idées et à l’ascétisme du prédicateur.

Si le vêtement de l’homme a été traité de façon relativement sommaire, on est ébloui par la technique illusionniste de l’artiste qui restitue le visage en n’omettant aucun détail: un imperceptible froncement de sourcils, l’éclat de lumière dans l’iris, la lèvre supérieure gauche légèrement retroussée, le menton empâté où repousse la barbe, le cou vigoureux et cette chevelure auburn frisotée, qui s’échappe du béret noir et semble s’incorporer au paysage. Un paysage noyé dans une lumière blonde, la même que celle qui éclaire le visage de l’homme, constitué de plans successifs faits de rochers, de plans d’eau, de collines et de constructions gothiques qui se perdent dans des lointains bleutés. Ce goût pour le paysage, planté d’arbres où l’on reconnaît la main de Pérugin s’inspire de ceux exécutés dans le Nord de l’Europe.

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Portraits de Baldassare d’Angelo et de don Biagio Milanesi, huiles sur bois de la Galleria dell’Accademia de Florence

Quant aux deux portraits de moines de l’Abbaye de Vallombreuse, incorporés à l’origine dans un retable, ils dénotent chez l’artiste un sens de l’observation irréprochable et une volonté de fidélité totale aux traits des personnes figurées.

On est très loin de la beauté idéale et intemporelle de la Vierge à l’Enfant de la National Gallery de Washington (l’affiche de l’exposition).

Lorsque Pérugin se rend à Venise à deux voire trois reprises, il est plus frappé par l’art de Giorgione que par celui des Bellini, Carpaccio etc…. Giorgione exécute ses portraits sur un fond sombre et leur applique la technique du «sfumato» mise au point par Léonard Vinci, cet «embrumé» qui permet de modeler avec subtilité les visages et les éléments de la composition, évitant ainsi toute rupture brutale de plan. A son tour, Pérugin va figurer ses modèles sur un fond sombre en utilisant la technique du sfumato.

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Sainte Marie Madeleine, vers 1500-1502, Florence, huile sur bois, Florence, Galerie palatine, Palazzo Pitti.

Comment rester insensible devant cette image de Marie Madeleine? Aucune ambiguïté pour identifier le modèle puisque son nom figure en lettres dorées sur son corsage. Si ambiguïté il y a, c’est que cette effigie exprime conjointement coquetterie et contrition!

De la pécheresse, elle conserve un air mutin et des vêtements précieux, mais la repentie s’est débarrassée de ses parures orfévrées, elle incline la tête mélancoliquement et son regard pensif est chargé de tristesse.

Au XVIIIe siècle, ce tableau passait pour un Léonard de Vinci (il est vrai que la position des mains superposées posées sur le rebord, est aussi celle qu’adopte la Joconde).

La technique du Pérugin se rapproche aussi de celle des artistes flamands, dans la minutie apportée à la description vestimentaire, notamment dans le traitement du col et des poignées en fourrure tigrée, le traitement des cheveux retombant sur ses épaules, parcourus d’un réseau de filaments dorés du plus bel effet.

A la suite de ces quelques exemples on ne peut que reconnaître dans Le Pérugin un artiste complet, un grand maître, qui a non seulement accompli la synthèse de la création artistique du Quattrocento mais qui est allé plus loin en dépassant cette même culture pour jeter les bases de l’Age Classique (1490-1515) qui va triompher avec Léonard de Vinci, Michel Ange et bien-sûr Raphaël, lequel s’est abondamment nourri et inspiré du Pérugin, fut-il ou non son élève.

Catherine Leblanc

Informations pratiques:

Le Pérugin, Maître de Raphaël
Jusqu’au 19 janvier 2015
Musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann – 75008 Paris
Métro Miromesnil (lignes 9 et 13)
Horaires : Ouvert tous les jours de 10h à 18h. Nocturnes les lundis et samedis jusqu’à 20h30 en période d’exposition.
Tarifs : 12€ | 10€ (tarif réduit) | gratuit pour les moins de 7 ans

Catherine Saigne Leblanc est historienne de l’Art et conférencière nationale. Elle aime partager ses découvertes et plaisirs artistiques avec les autres à travers conférences et visites guidées dans les musées.


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