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Euthanasie et cinéma: Bella addormentata de Marco Bellocchio

La Cour de Cassation italienne raconte la fable de la belle endormie

Sortie nationale le 10 avril 2013
giovedì 4 aprile 2013 di Cassandra

Dans l’attente de la sortie nationale en France, le 10 avril 2013, de “La belle endormie”, de Marco Bellocchio, j’ai eu la chance de voir sa “Bella addormentata” en avant-première à Paris. Le cas d’Eluana Englaro, une jeune fille plongée dans le coma, a posé de profondes questions éthiques et relancé en Italie le débat sur l’euthanasie.
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Bellocchio, très ému par cette histoire, s’en est servi pour dérouler sa vision de la vie et de la mort. Le réalisateur italien, Lion d’Or à la carrière à Venise 2012, raconte les histoires de trois personnages: une actrice célèbre (Isabelle Huppert) met un terme à sa carrière lorsque sa jeune fille sombre dans le coma; un député (Toni Servillo) de droite (PDL parti politique de Berlusconi), qui lui-même a mis fin à la vie de sa femme malade, décide de s’opposer à une loi contre l’euthanasie votée par le gouvernement, entrant par la même occasion en conflit avec sa fille Maria (Alba Rohrwacher), une catholique pratiquante; l’histoire enfin d’un médecin qui empêche une toxicomane de se suicider (Maya Sansa).

En arrière-plan, les jours précédant la mort d’Eluana.

Eluana Englaro est née en 1970 à Lecco en Lombardie. Un terrible accident de voiture, survenu le 19 janvier 1992, la laissera dans un état végétatif permanent irréversible: elle n’avait que 21 ans. Cinq ans plus tard, alors qu’il n’y a plus aucun espoir selon les médecins, son père, Giuseppe entreprend des actions légales pour pouvoir couper le système d’alimentation artificielle: la famille Englaro décide de s’adresser à la justice et uniquement à elle.
Le père d’Eluana va déclarer qu’Eluana aurait exprimé le désir de mourir, si elle devait se retrouver dans le coma. Cette requête est refusée par la justice italienne en 1999 (par la Cour de Lecco) et puis en 2005 (par la Cour de Milan) mais Giuseppe Englaro continue ses démarches. La requête est finalement reconnue par les juges en octobre 2007.
Après 16 ans de coma et de batailles judiciaires, la décision de la Cour de Cassation prouve qu’il faut une bonne loi pour combler un vide législatif (vide qui existe toujours en Italie) et finalement l’autorisation accordée par la Cassation de cesser l’alimentation et l’hydratation artificielles représente une libération pour Eluana et pour sa famille.

Dans ce climat de débat politique, éthique et religieux la mort d’Eluana est vue comme une occasion pour parler, dans ce beau film, du libre arbitre.
Le libre arbitre a toujours été le thème préféré de Bellocchio : l’homme décide de son avenir, l’homme prend sa décision en toute liberté.
Et en Italie c’est la liberté qui manque, à cause de l’inexistence d’une loi qui donne aux patients le pouvoir de décider de continuer à vivre dans certaines conditions ou pas.

Le 16 octobre 2007, la Cour de Cassation (sentenza n. 21748/2007) casse la nouvelle décision de la Cour d’Appel de Milan et, dans sa décision de renvoi, affirme que l’autorité judiciaire peut autoriser l’interruption de l’alimentation en présence d’un état végétatif permanent irréversible et de la preuve qu’en possession de toutes ses facultés, le malade se serait opposé au traitement médical.
Dans ce cadre là, la Cassation donne d’abord une définition d’euthanasie active et passive (l’acharnement thérapeutique) et elle reconnaît le droit du patient de refuser des soins.
La première est dite active. Le médecin ou un proche du patient peut provoquer le décès du patient si le choix est justifié. Cette hypothèse implique donc un acte positif de la part d’un tiers.
La deuxième est dite passive et elle correspond au suicide assisté. Le médecin montre au patient, encore lucide et mobile, une méthode lui permettant de mettre fin à ses jours le plus sereinement possible. Le patient refuse l’acharnement thérapeutique. Donc cette forme d’euthanasie indique une intervention, ou un geste, ou même une omission qui contribue positivement à la réalisation d’un certain effet, comme mettre fin à la vie d’une personne.

Dans les deux cas donc, l’intervention médicale a lieu dans l’intention de soulager la souffrance, pour respecter l’autonomie de la personne et pour lui éviter des souffrances inutiles.

Pour la Suprema Corte aussi, la question terminologique recouvre une profonde différence de doctrine. L’arrêt et la limitation de soins ou l’abstention thérapeutique ne sont aucunement des pratiques qui relèvent de l’euthanasie et en plus le fait de ne pas initier un traitement est considéré comme moins problématique que le fait d’arrêter un traitement déjà en cours.
En fait, la Constitution italienne dans son article 32 stipule que “nul ne peut être contraint à un traitement médical déterminé si ce n’est par une disposition de la loi”. Cette loi doit en plus respecter, continue la Constitution, “les limites imposées par le respect de la personne humaine”.
Eluana Englaro, dans la réalité et dans le film de Bellocchio, est transférée, à l’aube du mardi 3 février 2009, à la clinique «la Quiete» de Udine où des médecins suspendront son alimentation après avoir procédé pendant trois jours aux vérifications nécessaires.

La sobriété de la mise en scène et un casting impeccable fait de La belle endormie de Bellocchio un film peut être trop didactique mais, à mon avis, approprié au sujet traité.

Comme dans L’ora di religione e Buongiorno notte, le réalisateur s’interroge sur les répercussions de nos choix dans le quotidien, mais pour la première fois il adopte une mise en scène plus linéaire et classique à travers laquelle il essaie de faire de l’ordre dans la complexité des thématiques et des personnages mis en jeu.
Et si la charmante conclusion (Alice Rohrwacher en train de lire la lettre-confession écrite par son père, le regard entre Sansa et Bellocchio, Isabelle Huppert toujours aux cotés de sa fille) nous donne un espoir pour le futur, elle laisse, en même temps, une porte ouverte sur le non-résolu et sur la complexité de la vie réelle.

“Bella addormentata”: une fable moderne dans laquelle l’humanité s’interroge sur la vie et sur la mort dont l’épilogue est signé par la justice et non le débat politique et démocratique.

Vive le libre arbitre !

Avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Pier Giorgio Bellocchio, Alba Rohrwacher, Michele Riondino, Maya Sansa et Brenno Placido

Cassandra

Synopsis:

Le 23 novembre 2008, l’Italie se déchire autour du sort d’Eluana Englaro, une jeune femme plongée dans le coma depuis 17 ans. La justice italienne vient d’autoriser Beppino Englaro, son père, à interrompre l’alimentation artificielle maintenant sa fille en vie. Dans ce tourbillon politique et médiatique les sensibilités s’enflamment, les croyances et les idéologies s’affrontent.
Maria, une militante du Mouvement pour la Vie, manifeste devant la clinique dans laquelle est hospitalisée Eluana, alors qu’à Rome, son père sénateur hésite à voter le projet de loi s’opposant à cette décision de justice. Ailleurs, une célèbre actrice croit inlassablement au réveil de sa fille, plongée elle aussi depuis des années dans un coma.irréversible. Enfin, Rossa veut mettre fin à ses jours mais un jeune médecin plein d’espoir va s’y opposer de toutes ses forces.


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