Altritaliani
Fuori da leggere - rubrica sulle scritture contemporanee.

Patrizia Cavalli, Pigre divinità e pigra sorte.

Giulio Einaudi Editore, 2006, 12,50€
lunedì 16 luglio 2012 di Flora Botta

C’est surtout un jeu de mots de s’asseoir à regarder le monde, de le voir passer, pour un instant, lorsque, fatigués, on s’arrête. C’est un vrai jeu de bouger vers le mouvement, muoversi. Recommencer le jeu : le vrai, celui du poète. Comme un enfant, saisir les choses, leur sens, le laisser s’échapper de nos mains, de nos yeux, de nos mots : cuore alzato, scoperto, evaporato/ o forse trasferito in zone lasche […]/ come bambino piccolo che aspetta (p.57). La tête raisonnante résonne de questions dont l’explication demeure simple si la quête est le temps, l’amour, la mort.

S’il est question de mort ou mieux della morte, « Morti perché si muore » est la réponse de Patrizia Cavalli, poète sans doute, poétesse d’abord. Le passage se fait en vitesse : du jeu de l’enfant à la réflexion philosophique, sans jamais oublier le trait qui relie entre eux les concepts et leur corps, les concepts et la chair. La morte è astratta sottrazione/ che si svela carnale dentro il tempo (p. 77). La poésie, telle le jeu et l’amour devient alors, pour Patrizia Cavalli, la seule possibilité de toucher à l’immortalité, de suspendre ce temps : O chiusa eternità, grande appetito/ salivo a te perduta, e lo sapevo (p. 48).

Recommencer le mouvement, cela veut dire, alors, entrer dans les éléments, s’en emparer, être élément : le vent, la brise, le goût de l’abandon par exemple. Elle souhaite atteindre parfois – se faisant subjonctif - quelque chose qui frôle un être, pour s’arrêter encore une fois, en plongeant dans l’indulgence : Che io ti raggiunga come una brezza tiepida/ d’aprile che a volte ha punte aspre/ anche violente […] felice movimento/ che non si nega mai/ e non resiste, ma beato di sé/ accondiscende (p. 32).

Le cheminement de ses vers se fait à la fois de la terre au ciel, et du quotidien à l’absolu. Si on en soustrait quelques-uns [loin de mutiler, il s’agit plutôt d’explorer des sinuosités] de l’architecture indéfectible dans laquelle ils sont enchâssés [1] et les pose en suspension, on s’aperçoit qu’ils sont capables de dire et contredire, d’affirmer et nier comme pour contenir tout ce que la vie est, tout ce qu’on peut sentir sans omettre aucun état de l’être. Si Rome est le décor dans lequel prennent vie ses poèmes, tant l’urbanisme – rues, trottoirs, balustrades, marchés, kiosques - que la contemplation des hauteurs se rejoignent parfois en une seule entité, en un seul désir : Tu fabbrica mia/ di nuvole […] calami addosso tutta in bianca luce,/ che stiano ancora insieme corpo e pensiero, / arresi l’uno all’altro, intimi amici (p. 123).

Ciel de nuit, d’amour, océan céleste se laissant cloîtrer – sinueux - lei sa stellarsi gli occhi (p. 135) dans les yeux. Vision du poète. Miracle accompli, transmutation d’éléments. Imaginaire imagé en couleurs sombres, éclairci par des éclats de lumière. Patrizia Cavalli reprend son voyage traversant – définitive - l’être ou le non-être des choses, qu’elles se produisent ou pas, qu’on les exprime ou qu’on les nie : a questo serve il corpo : mi tocchi o non mi tocchi,/ mi abbracci o mi allontani (p. 133). Pensée qui s’attarde à scruter la volonté, le vouloir, le désir, pensée qui s’arrête au seuil du non-savoir , l’ouvre et que trouve-t-elle enfin ? Mi sembra di volere, ma che cosa voglio ?/ Desidero cosa? Non lo so (p.149). Appréhender toujours l’existence ? Impossible. La réalité démontre que non, que oui, ce n’est pas contingent. Capitulation dans la réponse ; se rendre à l’évidence, Sempre voler capire. Non si può./ Bisogna cedere, bisogna ritirarsi (p. 171). Conscience du moment : répit, pause ! Arrêter d’activer le raisonnant, le raisonnable. L’intellect s’enfuit vers, se déverse dans, s’envole laissant, toute entière, la vie : prendimi adesso tra le tue braccia/ adesso sciolta da me raccoglimi/ non per ridarmi forza/ ma perché io possa arrendermi (p. 41). L’adesso dissipateur d’appétit d’éternel.

C’est l’air de la musique, la joie dans la musique : essouffle-vie. Le réel dichotomique se dépasse, le non-sens se dissout face à la force de l’écriture. Le désordre de soi et du monde reste dans les vers, mais l’unité du poème le renvoie à son unité originaire. « [La poesia] a me serve per essere immortale […] mentre scrivo. Mi salva dal tempo, mi restituisce l’interezza, scorre la mia ansia. E poi, questo infine l’ho capito, e l’unica cosa che riesco a fare senza sofferenza. […] L’amore, la poesia e il gioco, […] un po’ si assomigliano, perche in loro il tempo si sospende, quasi si redime. Non c’e più la morte [2]. »

Flora BOTTA, juillet 2012


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[1« La poesia di Patrizia Cavalli predilige spesso il recupero di scansioni ritmiche tradizionali, molti suoi componimenti sono formati da endecasillabi o settenari. Ma la cantabilità del dettato si fonda soprattutto su un lavoro sulla trama fonica che spesso sfocia nell’uso della rima ». In « Città, amori e finzioni nella poesia di Patrizia Cavalli », La poesia femminile italiana dagli anni settanta ad oggi. Percorsi di analisi testuale, A. ZORAT, 2007-2008, p. 302. http://www.openstarts.units.it/dspace/bitstream/10077/3771/4/Zorat_phd.pdf


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